Vendre de l’audace et de la beauté

Vendre de l’audace et de la beauté
Photo: District – Josie DesmaraisSimon Blais et Sylvie Cataford, fêtent le 30e aniversaire de la Galerie d'art Simon Blais./ Josie Desmarais

Véritable passionnés du monde des arts, Simon Blais et Sylvie Cataford n’ont jamais douté du succès de leur projet, même en pleine crise économique. La Galerie Simon Blais expose le talent d’artistes québécois et canadiens depuis 30 ans dans le Mile End et réussit toujours à tirer son épingle du jeu dans un marché fragile.

L’institution est possiblement l’une des rares galeries à pouvoir célébrer une telle longévité dans le domaine de l’art contemporain, alors qu’au cours des dernières décennies, plusieurs établissements de Montréal ont fermé leurs portes.

«C’est peut-être un exploit parce que, vendre de l’art, ce n’est jamais facile. On vend de la beauté, de l’audace, de la nouveauté et des objets inutiles, dans le sens que ce ne sont pas de biens essentiels de la vie», analyse M. Blais.

Le couple connaît bien la précarité qui peut toucher le milieu. À ses débuts dans les années 1990, la galerie a traversé une récession. «Le marché de l’art s’est effondré. Les gens ne cherchaient pas à acheter des biens de luxe, comme des œuvres», se souvient le galeriste.

Pas question toutefois de baisser les bras. «On ne pouvait pas s’imaginer faire autre chose parce que c’est ça qu’on avait choisi de faire dans la vie. On a vraiment plongé. On a donc passé des années très, très difficiles à travailler fort et à trouver des solutions», raconte M. Blais.

Il avait abandonné la direction de l’Atelier 68 après dix ans. Sa conjointe l’a suivi dans cette aventure entrepreneuriale en quittant à son tour son poste de diététiste.

À leur image

À son ouverture sur l’avenue Clark, le lieu proposait principalement un inventaire de gravures européennes et québécoises. Pour survivre aux turbulences économiques et se distinguer, la galerie a exploré d’autres avenues.

«On a donné un coup de barre. On s’est surtout mis à présenter les artistes d’ici et leurs œuvres originales et uniques sur papier à des prix accessibles, par rapport aux gravures européennes», explique le collectionneur.

La galerie a su trouver sa niche en exposant dessins, peintures, sculptures, estampes et photographies d’artistes contemporains à la fois bien établis et de la relève.

L’endroit défend aussi des inventaires des successions des plus grands artistes du Québec, dont Marcelle Ferron et Jean-Paul Riopelle. L’art tribal africain intègre également la collection de l’établissement.

«C’est avant tout un commerce très personnel, qui est le reflet de ce que moi et Sylvie sommes en tant que collectionneurs», décrit Simon Blais.

Nouvelle génération

En déménageant sur le boulevard Saint-Laurent, il y a 13 ans, la galerie a augmenté sa visibilité en plus de tripler sa superficie.

Simon Blais observe sans cesse un renouvellement de la clientèle, tout en conservant ses acheteurs les plus fidèles.

«On a vu apparaître de jeunes collectionneurs qui ont 30, 32 ou 35 ans, avec des revenus discrétionnaires suffisant pour s’offrir des œuvres à 500$, 1000$ et 2000$, détaille-t-il. Ils deviennent souvent assez passionnés.»

Le premier conseil donné aux nouveaux clients est de choisir des œuvres conçues par des artistes de leur époque et partageant leur philosophie.

«Achetez ce qui est actuel, pertinent et contemporain. C’est beaucoup moins cher et c’est la meilleure façon d’aborder et de démystifier l’art visuel. Ce qui se fait aujourd’hui est aussi plus audacieux que jamais, avec les approches vidéo ou les photos-montage», soutient M. Blais.

Jusqu’au 29 juin, la Galerie Simon Blais propose une exposition soulignant ses 30 ans dans laquelle elle présente 30 artistes dont elle a défendu le travail. Dès le 3 juillet, la Galerie accueillera le travail de Marc Séguin et Julie Ouellet.