Québec Solidaire veut défendre l'un de ses bastions
Vendredi, 18 h 30. Nous sommes au Clébard, un bistro situé au cœur du Plateau-Mont-Royal. Ce soir, c’est l’investiture d’Amir Khadir. Un à un, ou par petits groupes, militants, sympathisants et simples électeurs prennent possession du lieu. Bientôt, la salle sera bondée.
Accoudée au bar, un verre de bière devant elle, une jeune femme remplit une carte d’adhésion. C’est la première fois qu’elle devient membre de Québec Solidaire.
« Il n’y a pas de parti parfait, mais Québec Solidaire, c’est celui qui représente le plus mes idées, notamment sur la question environnementale, confie Sophie Arbour. J’aime son opposition au pipeline d’Enbridge. »
Ici, il y a peu de bons mots pour le gouvernement Marois. La charte des valeurs, l’indexation des frais de scolarité et l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti en a fait tiquer plus d’un.
Parmi eux, Laetitia Poirier. Déçue de la plateforme péquiste, elle craint de voir les questions identitaires monopoliser le débat électoral, éclipsant ainsi les enjeux sociaux.
« Après le scrutin de 2012, je pensais que l’élection du PQ était une bonne nouvelle pour la gauche. Mais finalement, il a gouverné centre-droit. On dirait que le parti n’est plus ce qu’il était. Il a pris une tournure économique, je pense, pour aller chercher le vote de tout le monde. Il a perdu sa base militante. »
C’est une opinion que partage Andréanne Roy, une militante qui estime que les autres partis s’entassent à la droite du centre de l’échiquier politique.
« Québec Solidaire, c’est le dernier parti véritablement progressiste qui demeure sur la scène politique québécoise. Le gouvernement en place prend une tournure inquiétante. Sans vouloir être alarmiste, je pense qu’il montre peu d’ouverture envers les minorités culturelles. »
Congestion au centre
Caroline Patsias, professeure au département de science politique à l’UQAM, estime que les électeurs québécois n’ont pas tort de croire que les partis traditionnellement dominants rivalisent entre eux pour faire le plein de votes au centre.
« J’ai l’impression qu’il y a un retour à la bipolarisation de la politique québécoise. Le parti Québécois et le parti Libéral se regroupent au centre. Ils ne divergent que sur certains enjeux, notamment sur la charte et sur quelques dossiers économiques. Je ne crois pas que le PQ va aller en élections avec un discours de gauche très fort. »
Selon elle, Québec Solidaire commence à s’affirmer sur la scène nationale, notamment grâce à un meilleur recrutement de candidats issus de la société civile. De ce fait, il apparaîtrait de plus en plus comme une option viable aux yeux des électeurs déçus par les grandes formations politiques.
Mais elle ajoute qu’au Québec, surtout en ce cycle politique, tout ne s’analyse pas qu’en fonction de l’axe gauche-droite.
« Le débat sur la charte divise tout le monde, incluant la gauche. Elle se positionne bien sur des problèmes économiques ou des questions sociales comme le mariage pour tous, mais je pense que la charte, c’est un débat qui peut bouger le spectre politique. »