Aller de l'avant avec le stationnement
L’idée de faire un café-citoyen sur cette question épineuse trottait dans la tête des membres du CCME depuis quelques temps déjà.
« On en avait jamais parlé encore, pourtant, c’est un sujet qui revenait constamment dans nos discussions. Lors de nos réunions, chaque fois que l’on parlait de faire un café-citoyen sur le stationnement, ça dérapait et ça finissait qu’on donnait notre opinion. Mais étant donné que ça continue et que Luc Ferrandez persiste, on s’est dit que c’était une problématique que l’on ne pouvait pas s’empêcher de soulever », explique Isabelle Anguita, du CCME.
Au total, une quarantaine de personnes ont assisté à la rencontre qui se tenait au théâtre Rialto. Le maire de l’arrondissement, Luc Ferrandez, et Paul Lewis, professeur d’urbanisme et vice-doyen de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, ont été invités à titre de panéliste.
Problèmes et solutions
La hausse des tarifs des parcomètres, implantée il y a près de trois ans, fait encore réagir. Suzanne Craig, une résidente, croit que le prix demandé est trop élevé; ce à quoi le maire a répondu qu’un projet pilote de tarification à taux variable était envisagé.
« On a une proposition sur la table pour avoir un système qui permettrait de baisser le prix quand le besoin est moins grand. Ça nous permettrait d’avoir plus de revenus parce qu’une place vide à 3 $ est moins payante qu’une place à 2 $. Présentement, nous n’avons pas le système pour faire ça. On fait un projet-pilote avec Stationnement Montréal et la Ville-centre.
L’horaire des zones de vignettes, soit de 9 h à 23 h, fait aussi des mécontents. Plusieurs affirment que les espaces tarifés sont pratiquement toujours vides le jour, tandis que les places de stationnement gratuites sont pleines.
« Quand on a installé les vignettes, on avait énormément de plaintes de gens de l’extérieur qui disent ne pas comprendre nos maudites affiches. On s’était donc mis dans un esprit d’uniformisation. On réalise maintenant que ce n’était pas la meilleure solution et qu’il faudrait faire varier les heures en fonction des quartiers », a concédé le maire, indiquant que l’arrondissement étudiait présentement la question et que les besoins de chaque rue étaient analysés.
Parallèlement à cette démarche, M. Ferrandez a réitéré son intention d’implanter, idéalement d’ici les prochaines élections, des « vignettes blanches », pour permettre aux travailleurs de se garer, durant le jour, dans les zones habituellement réservées aux résidents. Lesdites vignettes seront vendues au coût mensuel d’une passe de transport en commun.
Un des autres problèmes soulevés est le manque d’espace pour garer sa voiture. Si dans certaines grandes villes telles que New York et Boston, il existe des stationnements publics à la sortie de la métropole, cela ne risque pas de voir le jour prochainement sur le Plateau.
« Il n’en est pas question! Le stationnement à étages public, ça coûte une fortune. Ce n’est pas une mauvaise idée, mais il faudrait que ce soit privé. [Il est hors de question que l’on paie pour ça], on a de la misère à garder nos bibliothèques et nos piscines ouvertes », a défendu avec passion M. Ferrandez.
Il a cependant annoncé que du stationnement en épis, c’est-à-dire en angle, serait autorisé dès le mois prochain sur la rue Marie-Anne, entre les rues Chapleau et d’Iberville, permettant ainsi de créer 12 places supplémentaires.
L’expert se prononce
Lors de la rencontre, Paul Lewis, professeur d’urbanisme et vice-doyen de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, a fait une brève présentation sur la situation du stationnement à travers le monde.
Le problème de gestion automobile touche toutes les grandes villes. Pour le régler, deux axes d’interventions peuvent être priorisés : réduire le nombre d’automobiles sur les routes ou intervenir sur le stationnement.
Selon lui, il faut aussi différencier le stationnement résidentiel et celui qui touche les visiteurs et les travailleurs. Cette dernière catégorie d’automobilistes est plus susceptible de délaisser la voiture au profit du transport en commun.
« Une automobile passe environ 95 % du temps stationnée et roule pendant seulement 5 %. Elle devient complètement inutile s’il n’y a aucun endroit pour la garer une fois à destination », a fait valoir l’universitaire.
Il soutient également qu’il est impossible de trouver suffisamment de stationnement sur rue pour tout le monde, notamment dans les quartiers centraux tels que le Plateau-Mont-Royal.
« On crée un problème collectif à partir d’un problème individuel: une personne qui ne trouve pas de place pour se garer », estime-t-il, indiquant qu’il trouve normal que les automobilistes paient pour stationner leur voiture sur la rue.