La recette du succès
Deux fois par mois, l’organisme situé dans le sous-sol des Habitations de Mentana, ouvre ses portes à un groupe de jeunes garçons âgés de 7 à 12 ans. Issus des secteurs défavorisés du quartier, la plupart d’entre eux présentent de graves problèmes comportementaux. Les gars sacrent comme des charretiers, disent des obscénités et refusent de se soumettre à toute forme d’autorité. Toutefois, derrière cette carapace de p’tits bums se cachent des enfants qui ont besoin que l’on s’occupe d’eux.
Martine Hilaire et Audély Duarte Morales, directrice des CCGP, ont fait le pari de les remettre sur le droit chemin en leur inculquant les rudiments de la cuisine.
« J’ai choisi d’aller vers eux, justement parce que c’était plus compliqué. Je crois qu’en fin de compte, lorsqu’on prend le temps, il y a moyen d’aller les chercher. En cuisinant, ça leur permet de faire quelque chose de positif ensemble, de découvrir leurs forces. Ils sont tellement plus que les niaiseries qu’ils peuvent faire ou les insultes qu’ils peuvent dire. Si on met plus d’accent sur les côtés positifs, je crois que le message va finir par passer. Il y a des gens et des ressources qui sont là pour eux. Ils ne sont pas seuls », fait valoir Mme Hilaire.
Pour attirer les jeunes garçons aux cuisines collectives, elle a mis sur pied une formule adaptée. On y cuisine des « recettes de gars », où l’on retrouve beaucoup de viande, qui sont faciles et rapides à exécuter. Le groupe est également restreint; on compte un maximum de huit jeunes.
Les garçons y apprennent à faire de la nourriture, mais aussi à vivre en société. La cuisine permet de faire des liens avec les notions académiques apprises en classe (lecture, fractions, réactions chimiques, etc.)
Pour les appuyer, les organisatrices sont accompagnées d’une travailleuse sociale et de bénévoles, préférablement masculins, qui agissent à titre de modèles auprès des jeunes.
Une poigne de fer dans une mitaine de four!
Engagée auprès des CCGP depuis près d’une dizaine d’années, Mme Hilaire est bien connue des gens du quartier. Elle fait figure de « grande sœur », voire même de « tatie ». Malgré son attitude cool et rieuse, la jeune femme sait se faire respecter. Une poigne de fer dans une mitaine de four!
« On veut leur inculquer des notions de respect, autant envers les responsables et les bénévoles qu’envers eux-mêmes. Les jeunes et les parents ont une feuille d’engagement à signer, il s’agit d’un contrat, dans lequel ils s’engagent à respecter les règles de conduite. Ça donne de l’importance à ce qu’ils font et à ce qu’ils sont », insiste-t-elle.
Lors du passage du journal Le Plateau aux CCGP, le « groupe de gars » était sur place, non pas pour faire de la popote, mais pour célébrer l’anniversaire d’un des leurs: Pathawikan. Les responsables avaient préparé un gâteau pour l’occasion, avec des chandelles. Tous voulaient les allumer. Si plusieurs adultes n’oseraient pas confier des allumettes à ces jeunes, Mme Hilaire, elle, n’a pas hésité. Elle estime qu’il est important deleur confier des responsabilités, pour leur démontrer qu’on leur fait confiance.
Afin d’éviter les dérapages, elle s’arrange pour tenir sa gang occupée. Si toutefois un incident survient, Mme Hilaire fait appel à Valérie, une travailleuse sociale, pour qu’elle intervienne auprès du jeune. Celui-ci ne pourra pas réintégrer le groupe avant d’avoir fait un examen de conscience. Malgré la discipline, les garçons ne se font pas prier pour revenir, semaine après semaine.
Cette initiative, instaurée à l’automne, est encore au stade de projet-pilote. La charge de travail est grande et les ressources sont limitées. Malgré tout, Mme Hilaire croit en la portée de ce projet et promet de continuer avec sa gang de gars.