Demeurer au 5445, de Gaspé, à quel prix?
« J’ai entrepris des démarches auprès de Pi2 [pour savoir si je me qualifiais pour en faire partie]. J’ai parlé avec Carine Valleau qui m’a expliqué que même si j’adhérais au projet, on détruirait mon atelier. L’organisme ne peut pas me garantir les aménagements qui seront faits dans mon nouveau local », déplore l’ébéniste.
Autre ombre au tableau : advenant qu’il devienne membre de Pi2, celui-ci lui louera un nouveau local au coût approximatif de 11 $ du pied carré, soit près du double de ce qu’il paie actuellement (6,47 $ du pied carré).
« Quand j’ai vu ce prix-là, j’ai arrêté de parler à Pi2. Ce qu’on me propose, c’est de prendre mon stock et de m’installer dans le local temporaire sans aménagement particulier, durant le temps des travaux. Or, pour fonctionner, j’ai besoin de circuits électriques supplémentaires. D’autant plus que je ne peux pas avoir mes ordinateurs dans la même pièce que mes outils, en raison de la poussière. Ça va prendre au moins six ou sept mois avant que je déménage de nouveau, sans savoir ce qui m’attend », explique celui qui est également programmeur informatique.
Mme Valleau soutient que le déménagement en deux temps, qui dérange M. Savard, affecte tous les membres de l’organisation.
« Ce n’est pas dans notre contrôle. Le building n’est pas aux normes et Allied souhaite le rénover. Puisque l’on reçoit des fonds publics pour le projet, il faut être en règle, car il y aura des inspections. Le propriétaire veut donc sortir tout le monde des quatre étages visés et tout démolir d’un bout à l’autre – il ne restera que les quatre murs et les poutres – pour changer les planchers et les fenêtres. Le bâtiment nous sera livré comme ça et ce sera à nous de construire les ateliers. Pour cela, on reçoit des sommes qui sont limitées et on ne peut pas garantir ce qu’on peut fournir à chaque artisan », explique-t-elle.
Quant au prix demandé pour la location des futurs locaux, Mme Valleau n’a pas voulu le confirmer, pour des raisons de confidentialité. Toutefois, elle estime que l’offre proposée est concurrentielle.
« On est convaincu que les loyers vont monter. On en voit déjà à 14 $, voire même à 20 $ du pied carré », plaide-t-elle.
Le conseiller du district Mile End, Richard Ryan, responsable du dossier, « trouve malheureux » que l’ébéniste n’ait pas poursuivi le dialogue avec Pi2, qui, bien qu’à court terme propose un prix plus élevé, représente, selon lui, une alternative intéressante à moyen et long termes.
Négociations sans intermédiaire avec Allied Properties
Du côté d’Allied Properties, on offre à M. Savard un autre local, au deuxième étage cette fois-ci, au coût de 9,14 $ du pied carré. Une proposition qui est loin de le satisfaire.
« C’est un local qui ne se loue pas. Je ne sais pas c’est quoi le problème, mais il était déjà vide lorsque je suis arrivé ici, il y a quatre ans. On m’offre un bail de deux ans, mais on sait très bien que la stratégie de cette compagnie-là, c’est de stripper les étages pour les louer au complet. Alors, même si j’accepte et que je refais mes aménagements, je sais très bien que dans deux ans, je vais me faire foutre à la porte. C’est sûr qu’on oublie ça », dit-il.
Le conseiller Ryan soutient que rien ne peut être fait à ce niveau.
« Allied est propriétaire. Lorsqu’arrive la fin d’un bail, il a le pouvoir de décider si oui ou non il le renouvelle. On ne peut absolument rien faire. C’est même ça qui, au début, a poussé notre administration à mettre un contrôle intérimaire, qui à mené à l’entente avec Pi2. Si on ne faisait rien, en l’espace de quelques années, ç’aurait été l’hémorragie au niveau des artistes », soutient-il.
Malgré des représentations aux conseils de Ville et d’arrondissement, M. Savard devra libérer son atelier. Voyant arriver la date butoir du 31 mars, il se prépare à quitter son local et a déjà commencé à faire ses boîtes.
Un projet pourrait l’amener à déménager ses activités à Ottawa. En attendant de savoir si celui-ci se concrétisera, il a loué un entrepôt où il pourra entasser sa machinerie et ses matériaux.
« Je vais chercher des contrats en informatique, mais l’atelier devra attendre, ça c’est sûr. À elle seule, l’ébénisterie ne me permet pas de vivre, alors, je vais me concentrer sur ce qui peut me faire manger. Je suis rendu au stade où je suis écœuré », laisse-t-il savoir, découragé.