Saint-Laurent: le boulevard de tous les rêves
S’il concède que la principale artère commerciale de Montréal a perdu de son lustre, M. Castanheira est convaincu de son potentiel.
« Des périodes creuses, ça s’inscrit dans la loi du marché. Ceux qui sont sur le boulevard depuis des générations pourront en témoigner, il y en a toujours eu. On aurait dû se remonter les manches il y a des années, mais il n’est pas trop tard. On a tous les outils nécessaires pour le faire », estime-t-il, confiant.
Durant son mandat, d’une durée de cinq ans, il souhaite consolider le rôle de la SDC. Ayant lui-même été commerçant [NDLR: Ancien co-propriétaire du Coco Rico, il a quitté l’entreprise familiale pour lancer son propre restaurant, toujours sur le boulevard Saint-Laurent. Son projet est présentement sur la glace], il sait que les propriétaires de boutique n’ont pas forcément le temps de faire des représentations auprès de l’arrondissement et d’autres intervenants pour pousser les dossiers.
« C’est pour cette raison que ça prend une SDC pour s’assurer que la propreté est maintenue, qu’il y a des relations avec les élus, que des événements d’envergure soient organisés, qu’il y ait un plan de verdissement, etc. C’est ça l’essentiel », plaide-t-il.
C’est quoi le bobo ?
Depuis quelques années, on remarque de nombreuses pancartes « À louer » dans les vitrines des commerces. Pourquoi? Qu’est-ce qui cloche avec le boulevard Saint-Laurent?
« Lorsque l’on constate le déclin d’une artère commerciale, que ce soit à Londres, New York, Chicago ou Montréal, on constate toujours la présence de certains facteurs. Le problème ici, c’est qu’ils sont tous arrivés en même temps », soutient M. Castanheira.
Il déplore le manque de vision à long terme et cite en exemple le réaménagement raté de la Main, en 2006-2007.
« Les travaux ont été mal faits. Les trottoirs sont déjà en train de tomber en ruine et les lampadaires, situés au milieu de ceux-ci, les coupent en deux. Rien n’a été pensé pour l’avenir! Où sont les bornes électriques? On aurait pu, à tout le moins, prévoir l’espace pour les installer! Comment ça se fait qu’on n’a pas d’éclairage au LED? Alors que les travaux étaient en cours, on aurait dû se préparer pour demain, et non pour aujourd’hui! C’est comme avec l’échangeur Turcot, dès qu’il a été terminé, il était déjà désuet!
« Ma famille a immigré au Québec après l’Expo, parce que Montréal, c’était l’endroit du futur. C’est ici que tout était possible. Les immigrants croyaient en cette mentalité socio-responsable du développement. Qu’est-ce qu’on en a fait? À une certaine époque, quand on parlait de Montréal, on parlait de Saint-Laurent, c’est là que ça se passait », défend avec passion le jeune homme.
La spéculation immobilière a aussi fait excessivement mal aux commerçants, fait-il valoir. Il affirme qu’à la suite des travaux de réfection, certains locataires ont vu leur loyer augmenter de 100 à 500 %.
« La non-règlementation des baux commerciaux font en sorte que les propriétaires peuvent augmenter leur prix de manière déraisonnable. On a vu un exode des commerçants. Les seuls qui ont survécu sont ceux qui étaient propriétaire de leur local », expose-t-il.
Cela a eu pour effet d’attirer des grandes chaînes de boutiques qui n’ont pas su s’intégrer harmonieusement à l’esprit unique de la Main. Le nouveau DG croit qu’il est temps de faire place à une nouvelle génération de commerçants réinventant le modèle d’affaires, en créant des établissements ayant une portée sociale.
Finalement, M. Castanheira dénonce le laxisme de ses prédécesseurs à la tête de la SDC Saint-Laurent, depuis 2006.
« Ils ont failli à la tâche. Ils étaient des gens très compétents en théorie, mais sans aucune expérience du commerce. »