En avril… : incursion dans un milieu tissé serré
L’ancienne directrice du Conseil des arts textiles du Québec, qui est devenu Diagonale, un centre d’art situé au cœur du Plateau – Mont-Royal, s’est donné pour mission de rendre ses lettres de noblesse à ce « médium » oublié. Souvent associée aux métiers d’arts, la fibre peut également servir de matière première à l’art contemporain.
« Au cours des dernières années, on a beaucoup avancé. Au début, les gens du milieu artistique étaient réticents, car ils associaient la fibre à l’artisanat. On était loin de l’art contemporain ou actuel », fait valoir Mme Létourneau, qui est maintenant directrice du Regroupement des artistes en arts visuels.
Grâce à cette série d’expositions, elle souhaite démocratiser l’art en présentant des œuvres faites à partir de matériaux que les gens connaissent et côtoient au quotidien, en opposition à l’art dit « savant », qui peut parfois intimider les néophytes.
« Quand on travaille avec la fibre, la matière est hyper importante. C’est très rare que l’on voit un artiste conceptuel utiliser ce matériau, parce que celui-ci appelle le toucher et la sensation. C’est plus instinctif. La fibre, c’est également un concept. L’artiste peut privilégier un matériau, par exemple, la broche, et le tricoter comme de la laine.
« Il y a beaucoup de gens qui s’initient au monde des arts grâce aux fibres. C’est quelque chose qui est proche d’eux. Il y a quelques années, une artiste a exposé des draps suspendus. C’était très abstrait, mais c’est fou comment c’est venu chercher les visiteurs. Ça leur rappelait un paquet de souvenirs et ça les ramenait à leur quotidien. Il s’agit de la meilleure façon de les amener à s’intéresser à une exposition », estime Mme Létourneau.
Art féminin
Grâce à l’art textile, les femmes ont su se tailler une place dans le milieu culturel, croit Mme Létourneau. Encore aujourd’hui, la majorité des artistes qui oeuvrent dans ce domaine sont de sexe féminin.
« Cette discipline a été créée par des gens qui faisaient de la tapisserie et qui ne voulaient pas être catalogués comme étant des tisserans. Ils utilisaient les fibres, comme d’autres personnes utilisent la peinture pour créer des œuvres d’art. Un artisan possède un savoir-faire qui lui permet de fabriquer des objets en plusieurs exemplaires, tandis qu’un artiste crée des œuvres uniques.
« C’est très lié à la révolution des femmes artistes. Dans les grands musées, on ne présentait que des travaux d’hommes. Un mouvement de révolution est donc né dans les années 1960-1970 et elles ont dénoncé cette iniquité. Plusieurs d’entre elles ont fait de l’art avec ce qu’elles trouvaient dans leur maison; dans la cuisine ou leur salle de couture. L’art textile est très près des femmes », croit celle qui avoue avoir plus souvent recours à la machine pour coudre du papier, une fibre qu’elle affectionne, que du tissus.
Le Québec complètement fibre
Pour sa troisième mouture, l’événement En avril… est présenté dans diverses régions du Québec. En effet, l’organisatrice a décidé de faire appel aux principaux acteurs du monde du textile (écoles, musées et centres de diffusion), qu’ils se trouvent à Montréal, à Québec, ou même à Mont-Laurier ! Bien qu’il s’agisse, selon elle, d’un « petit milieu », elle soutient que la discipline se porte bien et se renouvelle constamment.
« Ce n’est pas dans les matériaux que la fibre se renouvelle, mais bien dans les idées. Du bois, c’est du bois et de l’acier, c’est de l’acier. Pourtant, ça n’empêche pas la sculpture d’évoluer. C’est la même chose pour le textile. L’art est toujours soutenu par des courants d’idées, des réflexions et des contextes sociaux. Le matériau, lui, ne sert qu’à exprimer ces réalités », conclut Mme Létourneau.
Pour en savoir plus sur l’événement En avril…, on consulte le site Internet de l’événement au www.enavril.com.
Programmation pour le Plateau – Mont-Royal
Out of place
– Dates : 29 mars au 9 avril
– Horaire : 12 h à 17 h (mardi au jeudi et les fins de semaines) et 13 h à 21 h (vendredi)
– Lieu : Yellow Fish Art Gallery (3623, boulevard Saint-Laurent)
– Coût: Gratuit
– Information: 514 840-0808
Multiplicité3
– Dates : 31 mars au 28 avril (vernissage le 31 mars, à 14 h)
– Horaire : 12 h à 17 h (du mercredi au samedi)
– Lieu : Diagonale (5455, de Gaspé, espace 203)
– Coût : Gratuit
– Information : 514 524-6645
Porte ouverte chez Au deuxième
– Dates : 14 et 15 avril
– Horaire : 12 h à 19 h (atelier d’impression à 14 h)
– Lieu: Au deuxième (3655, boulevard Saint-Laurent, app. 206)
– Coût: Exposition gratuite, 5 $ pour l’atelier
Programmation pour Rosemont – La Petite-Patrie
Traverser sans voir
– Dates : 4 avril au 11 mai (conférence et vernissage le 4 avril, dès 16 h)
– Horaire : 9 h à 16 h 30 (lundi au vendredi)
– Lieu : 5800, rue Saint-Denis, espace 501
– Coût : Gratuit
– Information : 514 933-3728