Pas assez d’espace pour les restaurants ?
Le projet présenté par l’arrondissement concerne les cinq artères commerciales du secteur soit les avenues Laurier Ouest, du Parc, du Mont-Royal, la rue Saint-Denis ainsi que la partie sud du boulevard Saint-Laurent. Sur les artères concernées, 75 % des établissements étaient en deçà du 200 mètres carrés. Les 25 % restants profiteront d’un droit acquis, si la motion est adoptée au conseil d’arrondissement du 3 novembre prochain.
Les objectifs des élus et urbanistes du Plateau-Mont-Royal, par le biais de cette nouvelle norme urbanistique, visent à favoriser une mixité commerciale, une offre de proximité, combler le vide réglementaire qui permettait 10 000 mètres carrés de superficie et enfin de faire face aux nouvelles tendances.
La majorité des intervenants semblaient s’entendre sur la partie concernant les débits de boisson. Les commerçants semblent toutefois douter qu’un tel espace suffise à un restaurant.
« Je ne comprends pas pourquoi vous n’incluez pas tous les restaurants actuels. La quasi-totalité des restaurants est en deçà du 278 mètres carrés. Pourquoi ne pas plutôt mettre ce barème », questionnait la vice-présidente de l’Association des commerçants de l’avenue Laurier Ouest, Danielle Barreau.
La présidente du comité consultatif et conseillère d’arrondissement du Mile End, Marie Plourde, a rétorqué que ce règlement est aussi une réponse aux restaurants qui deviennent des bars plus tard en soirée.
Le directeur général de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent, Glenn Castenheira, a exprimé son désaccord face à ce règlement.
« On ne parle pas du Dix-30 où on peut tout calculer, au centimètre près. Non, c’est un milieu sauvage qui donne place à des choses merveilleuses, comme à des choses atroces. Il y a d’autres solutions, des outils qu’on donne aux propriétaires pour permettre de trouver preneur rapidement pour les locaux vides. Il y a aussi des pénalités pour ces parasites qui préfèrent spéculer plutôt qu’adapter leur immeuble à la tendance montréalaise. Pour ce à quoi on veut s’attaquer, ce n’est pas le bon outil ici », mentionne le directeur général de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent (SDBSL), Glenn Castenheira.
Le directeur de la SDBSL a donné en exemple le restaurant Schwartz qui occupe 5000 pieds carrés, parce qu’il fume ses viandes sur place.
« Ce genre d’initiative locale de produits frais nécessite de l’espace. Ce ne serait plus possible avec votre règlement pour de nouveaux entrepreneurs. C’est sans oublier l’effet de rareté que ça créera sur les locaux en droit acquis, permettant aux propriétaires d’augmenter de façon significative le coût du loyer », défend M. Castenheira.
Ce dernier a ainsi réclamé des mesures allégées pour les dérogations de projet porteur. L’urbaniste responsable du projet a souligné que le tout serait étudié.
Le directeur général de la Société de développement de l’avenue du Mont-Royal (SDAMR), Charles-Olivier Mercier propose d’exclure le boulevard Saint-Laurent de ce projet.
« Sur l’avenue du Mont-Royal, c’est un projet qui ne nous affecte pas vraiment. Je crois cependant que le boulevard Saint-Laurent est un cas à part, c’est la « Main » de Montréal. On devrait réfléchir sur la question », souligne M. Mercier.
Les commerçants ont aussi réclamé que les réfrigérateurs soient exclus du calcul, particulièrement ceux utilisés pour entreposer les déchets.
« Nous sommes plusieurs à ne pas avoir de ruelle. Il faut entreposer ces déchets-là quelque part en attendant la collecte et si on ne les met pas dans un réfrigérateur, il y a des odeurs désagréables qui émanent. Je sais que ce sera bientôt un règlement obligatoire partout à Montréal, comme à Outremont, de devoir les entreposer dans un espace réfrigéré. Nous devrions donc exclure cela du calcul de l’espace », indique le propriétaire du restaurant le Lauréat, Émile Senne.
Les commerçants attendront impatiemment le conseil d’arrondissement du 3 novembre prochain pour savoir si les élus retournent à la table à dessin, devant le mécontentement ou vont de l’avant avec ce projet.
Rappelons qu’au dernier conseil, la seconde motion du projet de modification à l’urbanisme de l’avenue Laurier Ouest avait été reportée, en raison de la grogne exprimée par les commerçants en consultation publique.