Montréal-Nord

50 nuances de beauté

Photo: Gracieuseté

Plus qu’une simple parade de mode, le défilé 50 nuances de beauté pose un acte militant et identitaire visant à affranchir la femme noire des diktats de la société.

Entre d’innombrables heures de bénévolat auprès des migrants, une campagne électorale et la gestion de la société EBF qu’elle dirige depuis 2012, Anastasia Marcelin, l’ancienne candidate de Projet Montréal dans le district Marie-Clarac a trouvé le temps d’organiser 50 nuances de beauté.

«C’est un défilé de mode qui entend repositionner la femme noire dans le panthéon de la beauté nationale, mais aussi un événement sur l’estime de soi», partage celle qui cherche à aider les gens à assumer leur différence; en particulier les femmes issues des communautés afro-caribéennes.

Explications.

Tirée par les cheveux

Dès son arrivée au Québec en 1999, Anastasia Marcelin s’installe avec sa famille haïtienne à Montréal-Nord. À son adolescence, comme bien d’autres femmes noires, elle se retrouve confronter aux standards des canons de beauté occidentale auxquels elle ne correspond pas, mais qu’elle est tentée de reproduire par mimétisme.

Comme complexées par leurs atouts naturels, «les femmes noires ont encore tendance à se défriser les cheveux ou à se blanchir la peau avec des produits chimiques», déplore-t-elle. «Une majorité silencieuse dévalorise le cheveu même de la femme noire qui dépense beaucoup pour imiter ce qu’elle pourrait faire autrement de façon adaptée à sa réalité capillaire.»

C’est une des raisons qui a poussé Anastasia Marcelin à rejoindre le mouvement nappy, un courant afro-féministe apparu au tournant des années 2000, au travers duquel les femmes se réapproprient leur identité en laissant pousser leurs cheveux naturellement.

Certains électeurs se souviendront d’ailleurs peut-être des photos d’Anastasia Marcelin sur les pancartes électorales et de sa coupe au naturel.

«On m’a fait des commentaires à cause de cela, mais je ne regrette pas d’avoir insisté pour qu’on ne retouche ni la couleur de ma peau foncée, ni mes cheveux crépus», raconte fièrement celle qui aussi été mannequin pendant 10 ans et qui dénoncent ce genre de pratique.

Qu’il soit bouclé, tressé ou crépu, le cheveu afro libéré est aussi un symbole fort du défilé 50 nuances de beauté où les mannequins défileront pour se réapproprier leur culture en laissant leurs cheveux au naturel. «Cela requiert une certaine estime dans la mesure où la démarche implique l’élégance et la stabilité du mannequin afro qui livre un message implicite en déambulant devant les participants», explique Mme Marcelin.

De Montréal-Nord au Chili

Quand elle a organisé son premier défilé dans le cadre du Mois de l’Histoire des Noirs, Anastasia Marcelin était loin de se douter que son initiative autour du cheveu afro ferait le tour du monde 6 ans plus tard.

Elle s’envolera donc en Haïti en avril. «On nous a invités en France pour le mois de mai». Cet été, le projet voyagera en République dominicaine et au Chili. «Et pour finir au Cameroun au mois d’octobre.»

Petit à petit, les défilés ont pris une dimension plus multiculturelle et inclusive en même temps que de plus en plus de voix s’élevaient contre les stéréotypes de beauté. Cette année des personnes de tout horizon, de toute taille et de tout gabarit défileront aux côtés des mannequins noires.

«Je voulais montrer comment la femme Noire peut devenir un modèle et encourager d’autres femmes à suivre cet exemple positif, peu importe leurs couleurs de peaux, leurs grandeurs ou leurs grosseurs», ajoute Mme Marcelin ravie de voir que ses revendications font échos ici comme ailleurs.

Faute de local disponible à Montréal-Nord, le défilé 50 nuances de beauté aura lieu au 910 rue Jean-Talon E, le 25 février prochain.

10 % des revenus générés seront dédiés à la promotion de l’Université haïtienne sans frontières qui sera construite au Cap Haïtien. «5 % des recettes serviront à soutenir le financement de la traduction en français du documentaire 1804 The Hidden History of Haiti», termine Mme Marcelin.

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