Montréal-Nord

L’épicerie gratuite de Montréal-Nord a ouvert ses portes

Comme dans une épicerie classique, les clients passent à la caisse, mais ne paient rien. Les bénévoles trient les produits à des fins d'inventaire. Photo: Youri Nabbad

Le Marché Bon Accueil a finalement été inauguré à Montréal-Nord, en présence d’élus et des premiers clients. Dès demain, il prévoit d’alimenter gratuitement plus de 400 personnes par jour.

« Ici, nous pouvons choisir nos produits et faire nos courses comme n’importe qui, explique Belkacem Slimani, l’un des clients venus magasiner au cours de la matinée. En plus d’éviter le gaspillage en ne choisissant que les produits qui nous plaisent, cela nous amène un peu plus de dignité que de recevoir des produits via une distribution alimentaire classique.»

Déjà client de l’épicerie gratuite de Saint-Henri, implantée depuis 2017 dans le quartier, cet algérien d’origine, marié et père de deux enfants, reconnait que cet apport alimentaire gratuit est précieux pour sa famille.

« C’est un bon complément, car nous passons une grosse partie de nos revenus dans notre loyer, explique le père de famille. Nous espérons malgré tout réussir à nous passer des services de l’épicerie à l’avenir. »

Que les personnes ne reviennent pas au marché, c’est d’ailleurs le souhait des membres de la Mission Bon Accueil, l’organisme à la tête de ce projet d’épicerie gratuite.

« Nous sommes la seule entreprise au monde qui cherche à perdre des clients », plaisante Sam Watts, PDG de la Mission Bon Accueil.

« Quand on arrive ici, on est accueilli par des bénévoles vraiment très souriants, ça peut paraitre anodin, mais cela contribue déjà à estomper certains problèmes. » – Shima Ibrahim, cliente de l’épicerie gratuite.

La succursale de Montréal-Nord était donc inaugurée ce matin, dans son nouveau local situé au 5095 sur boulevard Henri Bourassa, côté est. L’épicerie se donne pour mission de mieux servir les résidents du nord-est.

« 4000 de nos clients de Saint-Henri viennent déjà du nord-est de Montréal, détaille M. Watts. Pour venir, certaines personnes n’hésitaient pas à faire une très longue distance, restant parfois près de 90 minutes dans les transports. D’autres se décourageaient face à tout ce périple. Dès lors, nous avons estimé qu’il fallait ouvrir une deuxième épicerie à Montréal-Nord ».

Pour Shima Ibrahima, réfugiée égyptienne et résidente de Montréal-Nord, l’arrivée du Marché Bon Accueil dans son quartier est aubaine.

« Avant, je me rendais l’épicerie de Saint-Henri dès que je le pouvais, mais ne n’avais pas toujours le temps d’y aller, explique la jeune femme. Désormais, je vais pouvoir venir autant que possible. »

Les clients sont autorisés à venir une fois toutes les deux semaines, sur rendez-vous. Pour pouvoir venir magasiner gratuitement, certains critères sont évalués par les membres de la Mission. Il faut notamment vivre en dessous du seuil de pauvreté.

« Je touche 918 dollars par mois, et en vivant seule avec ma fille, c’est parfois compliqué de joindre les deux bouts, raconte Shima. Quand je suis arrivée il y a un an, je ne parlais que l’arabe, il était donc très difficile pour moi de me trouver un emploi. »

Désormais trilingue, ayant appris l’anglais et le français, la jeune Égyptienne a récemment appliqué pour devenir bénévole au sein de la Mission.

« Le marché m’a vraiment aidé, quand je suis arrivée, explique-t-elle. Je me sens redevable et je pense qu’il est important de redonner aux gens qui connaitront la même situation que moi. »

« Assez de nourriture pour tout le monde »
Fondée en 1892, la Mission Bon Accueil alimente près de 12 000 clients par mois. Pour pouvoir nourrir autant de personnes, la Mission Bon Accueil est approvisionnée à près de 60% par Moisson Montréal, organisme spécialisé dans la distribution de denrées alimentaires.

« Ils nous aident énormément. Le reste nous est apporté par des épiceries, des
grossistes, ou des producteurs, détaille Sam Watts. Quoi qu’il en soit, nous avons suffisamment de nourriture pour répondre aux besoins des personnes qui nous disent qu’elles ont faim. »

Ici, les clients ont le choix de plusieurs aliments variés et adaptés pour tous les repas de la journée.

« Ce que j’aime ici, c’est que malgré le fait que ce soit une banque alimentaire gratuite, il prennent quand même le soin de proposer des produits de qualité, explique Shima. Je suis végétarienne, et j’arrive à trouver des produits qui correspondent à mon mode d’alimentation. »

Pour que les deux épiceries gratuites tournent bien, la Mission fait appel à plusieurs bénévoles.

« Une cinquantaine travailleront pour la succursale de Montréal-Nord, assure le PDG. Mais nous sommes en recherche constante de personnel, car plus il y a de bénévoles, et plus l’épicerie sera en mesure d’ouvrir fréquemment.»

Pour l’heure, l’épicerie ouvrira ses portes à raison de deux jours par semaine, les mardi et vendredi de 9h à 16h.

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