Montréal-Nord
17:34 2 octobre 2020 | mise à jour le: 2 octobre 2020 à 17:34 temps de lecture: 3 minutes

Une application québécoise contre le profilage de la police

Une application québécoise contre le profilage de la police
Photo: Collaboration spéciale/Clinique juridique de Montréal-NordL’application «Bon cop bad cop» sortira le 4 octobre

Une nouvelle application issue du milieu communautaire de Montréal-Nord servira d’outil de défense contre le profilage en facilitant le processus de plainte en déontologie policière, mais aussi en collectant des données pour dresser un portrait de la problématique au Québec.

«On veut que ça devienne une normalité pour une personne de porter plainte», explique la fondatrice de la Clinique juridique de Montréal-Nord, Me Marie-Livia Beaugé.

C’est le cabinet de Me Beaugé qui a financé le développement de cette nouvelle application, baptisée «Bon cop bad cop». L’organisme Hoodstock a aussi contribué à sa conception.

Fonctionnement

L’usager est appelé à ouvrir l’application lorsqu’il est interpellé par un policier. La page d’accueil permet de démarrer un enregistrement audio pour capter le dialogue avec l’agent, ce qui peut être utilisé comme preuve en déontologie.

On est ensuite redirigé vers un questionnaire pour recueillir de l’information, comme le nom du policier, son matricule, son poste de quartier, ainsi que le lieu et l’heure de l’interpellation.

Une deuxième partie du questionnaire demandera des informations sociodémographiques, comme le genre et l’origine ethnique.

À la fin, il sera possible d’indiquer si l’on souhaite porter plainte en déontologie policière. Le cas échéant, la personne sera contactée par la Clinique juridique de Montréal-Nord où des étudiants en droit spécialisés en profilage l’accompagneront dans ses démarches.

Pour le porte-parole de Hoodstock, Will Prosper, recueillir certains éléments d’information et enregistrer une interpellation peut être un redoutable outil de défense contre une injustice. Selon lui, cela est démontré par le cas de Joyce Echaquan, qui est morte sous des insultes racistes de personnel soignant.

«On voit toute la différence que ça fait d’avoir un outil qui capte des actes comme celui que Joyce a vécu. Si ce n’était pas capté par un téléphone, est-ce qu’on aurait même parlé de son cas ?»

L’usager pourra également consulter une section informative où de courts articles vulgariseront les droits d’une personne face à la police.

Collecte de données

Le projet a un second objectif : documenter le profilage au Québec. Les informations recueillies dans le questionnaire serviront à produire des rapports pour brosser un portrait détaillé de la problématique de profilage au Québec. Où sévit-il ? Qui en est-il victime ? Des étudiants de l’Université Concordia se chargeront d’analyser le tout.

«On parle de zones rouges pour le virus, on veut voir où sont les zones rouges pour le profilage racial» -Me Marie-Livia Beaugé

Toutes les données seront recueillies de manière confidentielle, assure-t-on, alors que le questionnaire ne demande pas le nom de la personne.

Les rapports produits seront des outils factuels pour appuyer les revendications de Hoodstock, qui se positionne en faveur du définancement de la police et qui lutte depuis longtemps contre le racisme systémique.

«On va peut-être pouvoir créer une pression qui n’existait pas avant pour pousser au changement», pense Me Beaugé.

Le Service de police de la Ville de Montréal n’a pas souhaité émettre de commentaires sur l’arrivée de cette application.

L’application «Bon cop bad cop» sera lancée officiellement le 4 octobre dans le cadre d’une manifestation contre le racisme.

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