Ouest-de-l’Île

Forger la confiance en soi

Forger la confiance en soi Rafic Dagher
Rafic Dagher qui tient une réalisation qui le représente: des fragments de bracelets ancestraux qui proviennent du Liban forment le cèdre, emblème de son pays natal, sur une plaque de thuya canadien. Photo: Vincent Rioux

Être enseignant est une vocation. Rafic Dagher, résident de Pointe-Claire depuis 41 ans, en a fait son leitmotiv toute sa carrière durant. Retour sur la vie de cet éternel prof de dessin technique, épris du désir de voir ses élèves s’accomplir.

Dans les années 1960, le climat social du Liban se dégrade et les tensions politico-religieuses s’exacerbent. Le jeune Rafic Dagher, alors âgé de 21 ans, perçoit les signes avant-coureurs de la guerre civile libanaise et décide d’émigrer de son pays natal.

«Quand j’ai quitté, ma parenté m’a traité de traître. Ils m’ont dit que je ne savais pas ce que je faisais», se remémore l’enseignant à la retraite.

Plus tard, quand la guerre éclate finalement en 1975, M. Dagher reçoit des centaines de demandes de parrainage de Libanais voulant fuir la terreur. Seulement sa famille rapprochée a pu le suivre en Occident.

«Venir au Canada est le meilleur choix que j’ai fait de ma vie», reconnaît-il.

À Montréal, M. Dagher poursuit ses études en dessin technique qu’il avait entreprises au Liban. Après un séjour de quatre ans en Algérie, il revient au pays et devient officiellement citoyen canadien au début des années 1970.

Enseignant dévoué

Alors qu’il travaillait comme chef d’équipe dans un atelier de ferblanterie, M. Dagher entreprend des études à l’Université McGill pour devenir enseignant.

Peu après, il entame sa carrière dans une école secondaire avec des élèves aux besoins spéciaux, à l’époque où se donnaient encore les cours de métier.

Ses cours de dessin technique permettaient aux élèves de créer toutes sortes d’objets en fer forgé comme une boîte, une table ou une chaise, par exemple.

«Je ne faisais pas de cours magistraux. Je travaillais avec une personne à la fois, révèle-t-il. « Qu’est-ce tu veux faire, je vais t’aider à le faire ». Je ne poussais pas les enfants, c’est eux qui avaient les idées.»

Beaucoup de jeunes qui atterrissent dans la classe de M. Dagher sont des enfants d’immigrants, dont les parents travaillent souvent deux ou trois emplois à la fois. Certains éprouvent des troubles d’apprentissage.

«Ce n’était pas des enfants stupides, ils sont simplement tombés entre les mailles du filet, insiste-t-il. Je travaillais toujours sur la confiance. La confiance en eux-mêmes.»

Il passe deux ans dans une polyvalente de l’est de la ville puis est transféré à l’ancienne école William-Hingston, situé dans Parc-Extension. Celle-ci ferme ses portes en 1989.

Le reste de sa carrière d’enseignant se déroule à Lindsay Place High School, à Pointe-Claire. Il se retire du système scolaire en 2004.

Une deuxième vie

Un coup de téléphone au mois de mai 1994 est venu transformer la vie de l’enseignant qui avait alors 51 ans.

Le directeur du Camp Nominingue, Peter Van Wagner, cherchait urgemment une personne pour prendre en charge le programme d’artisanat de bois pour sa colonie de vacances pour garçons située dans les Hautes-Laurentides.

D’abord dubitatif, M. Dagher accepte finalement l’offre et met le cap sur Nominingue quelques semaines plus tard. Depuis, il s’implique chaque année auprès de ce camp d’été.

«Le camp m’a donné une autre vie. Quand tu es à l’école, tu travailles tout le temps avec les enfants. Tu n’as pas le temps de faire autre chose. Ça m’a ouvert les horizons», explique-t-il.

«Quand j’ai été au camp, j’ai commencé à faire des projets avec le bois. Avant je travaillais juste le métal.» – Rafic Dagher

Aujourd’hui à 78 ans, M. Dagher reconnait qu’il en est probablement à son dernier tour de piste au camp. L’année 2020 aurait bien pu être sa dernière si la colonie de vacances n’avait pas annulé sa saison.

«J’aimerais marquer mon départ, pas juste partir comme si de rien n’était», expose-t-il. Ainsi, les campeurs pourront peut-être bénéficier, pour une dernière fois cet été, des conseils de ce forgeron de confiance en soi.

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