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Changer de cap

Voilà, c’est fini, cinq années du secondaire derrière moi. Terminés les chaînes eulériennes, les paramètres et fonctions réciproques en passant par la loi d’Ohm et celle de Kirchhof.

Je me souviens, à 12 ans, lors de mon inscription sur Facebook qui marquait également mon saut vers la grande école, comment l’année 2013 à côté du mot « promotion » semblait lointaine… J’ai côtoyé dans les cinq dernières années des gens inspirants, dynamiques, impliqués, ayant des projets, de l’audace, de grandes idées, un monde à dessiner…

Mais j’ai aussi partagé ces cinq années d’existence avec des gens désabusés, sans ambition, qui n’étaient là que sous la contrainte, considérant l’école comme un mal nécessaire, une corvée qu’on leur impose. Ça faisait un moment que je voulais m’exprimer sur ce sujet.

Ce n’est certes rien de nouveau, mais je joins ici ma voix, aussi pédant que cela puisse paraître du haut de mes dix-sept ans, à tous ceux qui aspirent à une révolution de notre système d’éducation. Et après tout, comme dirait Pasolini : « Il se peut que des lecteurs trouvent que je dis des banalités. Mais qui est scandalisé est toujours banal. Et moi, malheureusement, je suis scandalisé. »

On assiste à un incroyable nivellement par le bas dans le système éducatif québécois : des élèves qui n’ont clairement pas les acquis nécessaires, passent dans les failles du système et graduent chaque année.

Déjà en partant, pour devenir enseignant au secondaire, la cote R exigée tourne autour de 22 seulement. Entre 65% et 75% de moyenne environ. Mais où est-ce qu’on s’en va avec ça ?

Je peux comprendre que le manque à combler d’enseignants soit relativement élevé, mais on opte ici pour la quantité plutôt que pour la qualité. Ça sonne comme une formule redondante, mais c’est la triste réalité, et je ne crois sincèrement pas que ce soit une formule gagnante dans un milieu aussi important que celui de l’éducation.

La part des parents

Il y a les parents aussi, qui ne peuvent supporter de voir redoubler leur petit enfant roi. Ils engueulent (littéralement, j’en suis témoin) l’enseignant parce que leur petit bébé qui ne fait strictement rien en classe et dérange constamment (empêchant tous les autres d’apprendre), ne passe pas le cours. « Il faut lui donner une chance, ce n’est pas de sa faute… ».

Effectivement, ce n’est pas de sa faute, mais ne vous êtes vous jamais demandé si vous n’aviez pas votre petite part de responsabilités dans l’équation, Papa, Maman ? Votre protégé consacre plus de temps devant la télé, l’ordinateur ou à ses autres loisirs qu’il n’en dédie à son instruction. Et c’est normal, pourquoi en faire plus, tant qu’il passe !

Où est-ce qu’on s’en va avec tous ces diplômés précoces, ces jeunes qui ont, selon un bout de papier, réussi et complété leurs études, mais qui n’ont pourtant pas les compétences nécessaires pour participer activement au développement et à l’évolution de la société ? Parce qu’en plus de niveler par le bas, on vise le minimum.

Récents gradués et professeurs, vous avez fort probablement déjà assisté à la célébration d’un élève euphorique à la vue de la note « 60 » dans une évaluation ou dans son bulletin. On associe la note 60 à la réussite, parce qu’elle permet de passer. Or, si tu passes ton secondaire à 60%, il y a, en toute logique, 40% de la matière que tu n’as pas acquise, c’est comme ça qu’il faudrait le voir. L’augmentation de la note de passage serait-elle une solution ?

Je crois aussi qu’il faut arrêter d’associer réussite à université. Rendons nous à l’évidence, ce n’est pas tout le monde qui a les dispositions, ou tout simplement l’envie d’aller à l’université.

Valorisons davantage les programmes techniques et professionnels (menuiserie, boulangerie, plomberie, ébénisterie, boucherie, etc.), qui sont tout aussi nécessaires et utiles à la société. En éliminant cette pression sociale qu’on a créée en associant les DES et les DEP à la cancritude, on raccrochera bien des jeunes.

Cibler une culture générale solide

On traverse au secondaire l’une des périodes les plus importantes de notre vie, la quête d’identité, la recherche d’un sens à ce qu’on fait… On a besoin de motivation, d’objectifs, de projets qui nous donnent envie de nous lever le matin.

Et l’université, entendons-nous, n’est pas le but ultime de tous. Il faudrait donc, selon moi, axer davantage les études secondaires sur l’acquisition d’une culture générale de base solide, plutôt que de survaloriser des matières comme les maths ou les sciences, au détriment des autres.

On a beaucoup parlé d’accessibilité dans la dernière année. C’est effectivement très important. Mais pour qu’elle ait un sens, l’accessibilité, il faut de façon primordiale miser sur la qualité de l’enseignement qu’on offre dans nos établissements accessibles. Sinon, ça ne veut plus rien dire.

Il faut, entre autres choses, rendre le métier d’enseignant plus noble. Il ne faut pas que n’importe qui (parce que oui, avec une cote R de 22, c’est presque n’importe qui) puisse enseigner. Enseigner, c’est transmettre le savoir, les connaissances, mais c’est aussi et surtout faire naître la curiosité chez l’élève. Lui donner envie d’aller plus loin que ce qu’on lui enseigne. Lui donner envie de lire, de s’informer, de questionner, de critiquer, de débattre.

J’ai connu dans mes cinq années du secondaire des enseignants qui remplissaient à merveille ce rôle de « provocateur de curiosité », mais j’en ai aussi connu, et malheureusement beaucoup trop, qui n’avaient pas leurs places dans une salle de classe.

Pas qu’ils étaient de mauvaises personnes, mais ils étaient peut être tout simplement là trop tôt. On les a garrochés sur le plancher alors qu’ils n’étaient pas encore prêts. Et on crée alors un cercle vicieux.

Des enseignants passionnés et passionnants, SVP !

En envoyant prématurément des enseignants dans le milieu du travail, ils sont forcément plus susceptibles de perdre le contrôle devant leurs élèves. Ce n’est motivant pour personne : les enseignants décrochent et les élèves aussi. Plus personne ne veut enseigner, alors on baisse encore les critères d’admission.

Voilà dans quelle spirale infernale le système éducatif québécois s’enfonce présentement, à mon humble avis. On a besoin d’enseignants qui inspirent le respect. Des enseignants passionnés et passionnants.

Soyons plus sévère dans les évaluations. Arrêtons de faire passer des élèves qui ne le méritent pas. Mieux vaut avoir moins de diplômés, mais des diplômés compétents. Aujourd’hui être diplômé du secondaire ne veut presque plus rien dire. Les statistiques sont bonnes, on trinque au champagne au ministère de l’éducation, mais le nivellement par le bas tronque les statistiques.

J’ai l’impression d’être passé à côté de bien des choses pendant ces cinq années, essayant tant bien que mal de m’éduquer entre un élève qui faisait le singe et un professeur à un cheveu du burnout.

Inspirons nous des systèmes qui fonctionnent. Le système finlandais, au risque de se répéter, est plus qu’intéressant. Mais encore une fois, ça coûte cher. Le changement coûte cher ? L’immobilisme risque de coûter encore plus cher à la longue.

Ça prend une révolution du système. Une nouvelle commission Parent. Une charte nationale de l’éducation. Une hausse de salaire des enseignants (bien formés), parce qu’ils devraient être les mieux payés dans une société souhaitant évoluer.

Et surtout, gardons en tête que l’éducation est l’affaire de tous. C’est une responsabilité partagée entre l’école, les parents, l’élève et le gouvernement, car comme disent les africains, « ça prend tout un village pour éduquer un enfant. ».

Mattis Savard-Verhoeven

Représentant élu – secteur éducation

Forum Jeunesse de l’Île de Montréal

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