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Karyne s'élève contre la discrimination

Se disant victime de discrimination par ses collègues masculins, une menuisière brise le silence et invite ses consoeurs du domaine de la construction à dénoncer leurs mauvaises conditions de travail sur le web.

La Montréalaise Karyne Prégent est devenue représentante syndicale en condition féminine pour la CSN-Construction après avoir vécu des expériences de travail décevantes.

La menuisière raconte qu’elle devait encaisser les blagues salaces ou « dégradantes » de ses collègues sur le chantier. Un jour, elle aurait même retrouvé un dessin moqueur d’elle dans les toilettes.« J’ai le sens de l’humour, mais ça devenait trop. C’était de la pure provocation », s’insurge-t-elle.

Même avec plus de dix ans d’expérience dans le métier, Karyne Prégent dit qu’elle se retrouvait constamment à exécuter des « tâches de débutant ». « Je devais passer le balai ou encore poser de la laine. On me disait que j’étais trop petite pour transporter de l’équipement lourd. En n’ayant jamais l’occasion de pratiquer mon métier, je n’ai jamais pu passer mon examen de compagnon », déplore-t-elle.

« Boucher les trous »

En cumulant les petits contrats, la recherche d’emploi a toujours été à recommencer pour Mme Prégent. Et dans des circonstances parfois humiliantes.

« On ne te laisse même pas la chance de t’exprimer. Lorsque j’ai appelé pour une offre d’emploi, la secrétaire m’a demandé si je cherchais une job pour mon mari », raconte-t-elle. La menuisière est convaincue que la loi sur la discrimination positive doit être resserrée.

« Lorsque les employeurs choisissent des femmes, c’est souvent pour boucher les trous. Et ça, c’est quand on te donne une chance. Il a souvent fallu que je me trouve de l’emploi ailleurs pour joindre les deux bouts», indique-t-elle.

Karyne Prégent suggère que le gouvernement donne des subventions pour inciter les employeurs à engager plus de femmes. « C’est dur à dire pour mon orgueil, mais tant qu’ils n’auront pas de bonus pour le faire, ça va rester comme ça », soutient-elle. Celle-ci affirme qu’en dix ans de métier, elle a seulement rencontré une plâtrière et une peintre sur le même chantier qu’elle.

La loi du silence

Karyne Prégent est convaincue que les cas de dénonciation se font rares parce que les travailleuses « savent qu’elles ne pourront plus travailler par la suite ».

« Ça se sait rapidement avec le bouche à oreille. Je sais que j’aurais été barrée par tous les autres employeurs, que personne n’aurait voulu m’engager parce que j’aurais été considérée comme une fauteuse de troubles », croit-elle.

Celle-ci mentionne que seulement deux cas de harcèlement ont été rapportés à son syndicat : du GHB a été mis dans le jus d’une travailleuse et une autre a été agressée sexuellement lors de son quart de travail de nuit.

C’est pourquoi Mme Prégent a eu l’idée de lancer une page Facebook en association avec le F.R.O.N.T, ou Femmes regroupées en occupation non traditionnelle, pour donner une voix à toutes celles concernées. Elle compte réunir plusieurs organismes autour du projet afin de rendre la page en un lieu d’échange et de référence. Les entreprises en construction qui engagent des femmes seraient également mentionnées.

Les travailleuses de la construction au Québec

Les femmes occupent seulement 1,2% des emplois en construction au Québec, le taux le plus bas au Canada. La moyenne canadienne est de 3% et l’Alberta est la province où les femmes sont le plus présentes, soit à 5,9%. Les femmes apprenties charpentier-menuisier en troisième année gagnent en moyenne 24 311$, comparativement à 32 218$ pour les hommes.

Selon un rapport de la Commission de la construction du Québec (CCQ), 18% des travailleuses de la construction abandonnent le domaine pour des raisons personnelles, ce qui pourrait cacher des problèmes de harcèlement ou d’isolement.

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