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16:34 24 mars 2020 | mise à jour le: 24 mars 2020 à 16:34 temps de lecture: 4 minutes

À cause du coronavirus, les funérailles se compliquent, le deuil aussi

À cause du coronavirus, les funérailles se compliquent, le deuil aussi
Photo: Getty Images/iStockphoto

Pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus, les rassemblements intérieurs sont devenus interdits par décret du gouvernement, un impact sur le quotidien des citoyens, mais aussi sur la tenue de funérailles. Et par extension, sur le processus de deuil.

À la Coopérative funéraire du Grand Montréal, les mesures sont strictes et suivent les directives gouvernementales.

À cause du coronavirus, « on conseille fortement de reporter les funérailles à une date ultérieure», précise Michèle Raymond, directrice générale.

Dans le cas où la famille ne souhaite pas reporter les funérailles, «il lui est possible d’en tenir dans un maximum légal de 30 jours après la date de décès». Au-delà de ce délai, le corps ne sera pas exposé.

Les obsèques se feront ainsi «de façon très très privée» et les règles de distanciation sociale et d’hygiène s’appliquent. «Malheureusement, c’est toujours difficile, il n’y a rien qui bat d’être capable de prendre quelqu’un dans ses bras pour manifester sa sympathie, mais ce n’est pas possible en ce moment», précise Mme Raymond. Pour elle, il faut «protéger sa clientèle et ses employés, alors il faut mettre ça en priorité».

D’autre part, Mme Raymond affirme que les salons funéraires de la coopérative sont «prêts» à recevoir une affluence de décès liés au coronavirus. «Puisque nous sommes une coopérative, nous pouvons nous entraider grâce à d’autres unités de crémation.»

Elle explique également que pour les décès liés au virus, les consignes sont strictes : les corps devront être incinérés et des mesures d’hygiène accrues seront prises, comme l’utilisation de deux linceuls.

Trouver des solutions pour faire son deuil correctement

Ces mesures exceptionnelles apportent avec elles un grand chamboulement dans le processus de deuil, selon Nathalie Viens, travailleuse sociale et formatrice sur le deuil à l’Université de Montréal. Dans des circonstances où les gens «sont déjà émotionnellement sollicités par la pandémie et ont peu d’espace pour d’autres chocs, comme un décès», l’absence de funérailles «va compliquer le début du deuil».

Car «les humains ont besoin d’un événement, d’un rituel, pour réaliser ce qui arrive». D’autre part, selon Mme Viens, les funérailles permettent de recevoir le soutien de ses proches, «et de réaliser que l’on fait partie des vivants et que mon proche est rendu dans le monde des morts».

Même si cela diffère selon les personnes, elle insiste sur le fait qu’il est nécessaire de commencer le travail de deuil dès le décès du proche. «Je crains que si des personnes font ça en vitesse, ce soit mis sous le tapis et ça se peut que ça les rattrape plus tard», prévient-elle.

C’est pour cela qu’elle recommande de trouver des stratégies d’adaptation, comme «dire un premier au revoir à la personne, peut-être seul à la chambre funéraire [si cela est permis] et faire l’événement social plus tard».

Dans le cas où un contact n’est pas possible, «on peut utiliser une photo du défunt» que l’on a chez soi, «lui parler, écrire une lettre, écouter sa musique préférée, pour être avec la personne autrement».

De son côté, Michèle Raymond explique être en train de mettre en place de nouvelles mesures d’accompagnement, «car nous sommes très préoccupés par le soutien des familles». Elle prend pour exemple la mise ne place d’un «diaporama photographique de la personne au salon funéraire» ou encore la mise en ligne de l’avis de décès accompagné des mots de sympathie des gens.

Elle conseille par ailleurs, dans le cadre du confinement, d’«allumer une chandelle, parler du défunt, de ce qu’il représentait pour nous et l’éteindre pour laisser la personne partir». Une manière pour elle «d’être capable de commencer la démarche de deuil».

«Peu importe ce que les personnes endeuillées choisissent, de reporter ou non les funérailles, c’est important de prendre soin d’eux, et de rester en lien avec les proches», pendant cette pandémie de coronavirus, insiste Nathalie Viens.

Une ligne d’accompagnement au deuil est disponible gratuitement au 1 888 533 3845, gérée par le service Tel-Écoute/Tel-Aînés.

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