De l’informatique à la voirie, une controverse
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Pour la plupart des élus, le point en litige est la nomination du chef de la division informatique et responsable des mesures d’urgence, Patrick Pageau, qui deviendra aussi contremaître à la voirie.
La directrice générale, Josée Guy, justifie cette nomination par le fait que les besoins en informatique ont diminué puisque la plupart des infrastructures informatiques sont installées, mais elle croit que la Ville devrait conserver une expertise dans ce domaine. Par ailleurs, en plus d’un certificat en informatique, M. Pageau en possède un en santé et sécurité ainsi qu’en gestion de personnel. « Il connaît déjà bien la Ville ainsi que ses bâtisses et il a démontré un intérêt pour le poste », explique Mme Guy.
La Ville estime donc que l’arrivée de M. Pageau renforcera la synergie entre les cadres des travaux publics; ses compétences de gestionnaire, compléteront celles plus techniques de l’autre contremaître, Benoit Gravel, et de « Marcel Leblanc [chef de division aux travaux publics] qui était opérateur avant et qui a appris la gestion sur le tas », fait remarquer le conseiller Alain Dion.
Qui est l’ami de M. Pageau?
Mais ces arguments ne convainquent pas tout le monde. À la suite d’un vote sur le nouvel organigramme, le conseiller Mario Bordeleau s’est demandé « qui est l’ami de monsieur Pageau pour être protégé comme cela à la Ville. » Des citoyens ont d’ailleurs contacté l’Avenir de l’Est pour poser la même question. « Il n’y a pas de raison valable pour qu’il soit nommé contremaître. Il y a quelque chose qui ne tient pas », s’insurge le conseiller.
La conseillère Monique Major admet qu’il y a toujours eu des rumeurs au sujet de M. Pageau, notamment de possible lien de parenté avec l’ancien directeur général, Louis Lemay. Malgré tout, elle estime qu’il « n’y a pas personne qui pousse M. Pageau plus qu’un autre. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui le protège ou pas, je ne sais pas? Ce que je regarde, c’est son ouvrage. »
Ce qui fait douter M. Bordeleau est le « manque de compétences et d’expériences » de M. Pageau pour occuper le poste de contremaître. « Ça prend de l’expérience un moment donné », soutient-il. Le maire, Robert Coutu, fait pour sa part valoir que la plus grande partie du travail d’un contremaître est la gestion des ressources humaines.
M. Bordeleau fait un parallèle avec l’embauche de l’ancien directeur général Lemay, qui, selon lui, n’a pas livré la marchandise, ce que reconnaît le maire à demi-mot. « Sur quatre conseillers qui ont voté pour Lemay, trois ont encore voté pour un homme qui n’a pas les compétences et l’expérience », affirme M. Bordeleau
De son côté, le conseiller Dion fait aussi des parallèles pour illustrer qu’il faut laisser la chance au coureur. « Avec M. Leblanc, ç’a bien marché; avec Daniel Fournier au poste de directeur des communications, des loisirs et attaché au bureau du maire, et il a fait la job lorsque le maire Labrosse était en poste. »
« [Les élus] nous avons décidé de donner sa chance à Patrick et je suis sûr qu’il va le faire. Ce sera bon pour la population. J’ai confiance qu’il livrera la marchandise. On essaie, si ça ne marche pas, je serai le premier à vouloir le rétrograder », ajoute M. Dion. Notons que M. Pageau aura une période de probation de six mois et que Mme Guy estime qu’il sera pleinement compétent d’ici douze mois.
La Ville a donc décidé de prendre des ressources internes pour pourvoir le poste, mais, si elle l’avait fait par appel d’offres, aurait-elle été aussi flexible? « Pour être honnêtes, si nous avions fait un appel d’offres, nous aurions demandé des qualifications techniques, consent M. Dion. Mais ce qu’est un contremaître, c’est un bon gestionnaire qui peut interpréter les directives et faire un travail de soutien et de surveillance. »
Dépense ou épargne?
Rappelons qu’en février 2012, le contremaître Leblanc avait été nommé chef de division aux travaux publics, faisant passer, par souci d’économie, de deux à un le nombre de contremaîtres à la Ville. La nouvelle réorganisation rajoute le deuxième contremaître. Le maire rappelle toutefois qu’en faisant appel aux forces internes, la Ville a ainsi évité d’augmenter la masse salariale.
M. Bordeleau n’est pas de son avis. Il croit que M. Pageau sera surpayé avec ses 75 000 $ annuels alors qu’il n’a pas d’expérience comme contremaître. Le conseiller fait remarquer que les contremaîtres précédents gagnaient 68 000 $ et 72 000 $ par année, pourtant ceux-ci étaient expérimentés. « Ça ne profite pas aux citoyens. Ils ont refusé d’ouvrir un poste à 65 000 $ », déplore-t-il.
De plus, le salaire de M. Pageau sera plus élevé que son collègue, M. Gravel, qui a pourtant les mêmes responsabilités à la Ville. Par ailleurs, si le salaire de M. Gravel augmente au cours des prochaines années, celui de M. Pageau restera gelé afin d’assurer un rattrapage salarial.
Selon M. Bordeleau, mise à part la nomination de M. Pageau, « le reste de la grille [l’organigramme] est bonne ». Une opinion que ne partage pas la conseillère Sylvie Dauphinais, qui, en plus de s’opposer à la nomination du chef de l’informatique en raison de ses compétences, ne voit pas du bon œil d’autres déplacements organisationnels.