« Pas à savoir ça » – Tremblay
Lors d’une rencontre avec M. Dumont et M. Tremblay, pendant une élection partielle dans l’arrondissement de Saint-Laurent, en décembre 2004, l’agent officiel du parti, Marc Deschamps, aurait expliqué qu’il y avait des budgets officiel et officieux, respectivement de 43 000$ et de 90 000$. Les dépenses se limitent normalement à 46 000$.
« Gérald Tremblay s’est levé et a dit en quittant la salle : je n’ai pas à savoir ça », a raconté M. Dumont devant la Commission Charbonneau, le mardi 30 octobre.
Cette caisse occulte a financé une élection qui visait, ironiquement, à remplacer deux élus reconnus coupables de corruption, Irving Grundman et René Dussault.
M. Dumont a été témoin, à d’autres reprises, de financement douteux, voire illégal, pour remplir les coffres du parti Union Montréal.
Outre le coffre-fort trop plein pour fermer de l’ex-argentier du parti, Bernard Trépanier, M. Dumont a aussi vécu des situations délicates qui l’ont « estomaqué ».
Première enveloppe
Lors d’un cocktail de financement au Buffet Antique, dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, en novembre 2004, Nicol Milita, de Nivela Construction, l’a invité à la salle de bain.
« J’ai refusé, il m’a dit : tu ne comprends pas », a expliqué celui qui l’a finalement accompagné.
Devant les urinoirs, M. Milita, alias « M. Trottoir », lui a remis une enveloppe contenant environ 10 000$. M. Dumont l’a remise à M. Trépanier. À deux autres reprises au cours de la soirée, il a dû refuser ce genre d’invitation, recommandant aux donateurs de s’adresser eux-mêmes à l’argentier.
M. Trépanier lui a d’ailleurs lancé, en fin de soirée lors d’une allocution du maire Tremblay : « J’ai de la misère à fermer mon jacket, j’ai trop d’enveloppes dans mon veston. »
Après ce cocktail, M. Trépanier a aussi demandé à M. Dumont de se rendre à Laval pour récupérer « 50 000 documents », soit 50 000$, du propriétaire du restaurant Onyx, Tony Accurso. M. Dumont n’a finalement pas eu à rencontrer l’ex-propriétaire de Louisbourg Construction.
Payé comptant
Lors du référendum sur les défusions municipales, M. Dumont a constaté que certains téléphonistes, qui travaillaient dans le local électoral du Non dans Anjou, à quelques pas de l’Hôtel de Ville, ont été rémunérés en argent comptant.
Il a compris que ces dépenses n’étaient pas incluses dans les dépenses officielles, quand il a vu les budgets officieux et officiel de M. Ouellet, à l’élection partielle de ville Saint-Laurent.
« Dans la colonne officielle pour les téléphonistes, il y avait 5000$ et dans l’officieux, ça tournait autour de 18000$ », a-t-il précisé.
Questionné sur son mutisme lorsqu’il a été confronté aux faits, M. Dumont a répondu qu’il avait pensé appeler le Directeur général des élections ou la police, mais que personne ne l’aurait cru.
« Le système est tellement gros, a-t-il lancé. Je m’attaquais à l’establishment de la Ville, au Comité exécutif, à des comptables qui apposent leur signature. »
Il a reconnu qu’il s’agissait d’une erreur, mais n’a pas dénoncé la situation parce que même son chef s’aveuglait volontairement.
« Je comprends que je ne peux même pas en parler au maire : il ne veut rien savoir. »
Martin Dumont s’est aussi souvenu d’un cocktail de financement, à la fin de juin 2004, dans le local du NON, sur la voie de desserte de l’autoroute 25, près des Galeries d’Anjou.
Il soutient avoir coordonné cette activité où au moins 50 personnes ont acheté des billets de 250$ ou 500$.
Un des seuls représentants de l’industrie de la construction, présent à ce « 5 à 7 », était un homme « corpulent » de la firme BPR.