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Silence, on explique l’autisme

Ils n’aiment pas le bruit, ont de la difficulté à communiquer et n’ont aucune capacité d’abstraction. Pourtant, six jeunes autistes chanteront, réciteront de la poésie et danseront, le 12 avril au centre Roussin. L’école Tournesol vous présente Silence, un spectacle unique qui touchera même les durs à cuire.

Basé sur la chanson Silence de Fred Pellerin, le spectacle qu’ont mis au point l’enseignante Martine Gauthier et l’éducatrice spécialisée Cathy Landry propose aux spectateurs une incursion dans le monde des personnes autiste. Si au premier abord, le concept peut paraître académique, il en reste, tout de même, que le résultat est ludique et touchant.

C’est en quelque sorte l’autisme raconté par les autistes. « Nous voulons sensibiliser les gens à [ce trouble envahissant du développement]. Nous voulons expliquer et aider à comprendre la pensée d’une personne autiste », affirme Mme Gauthier.

L’année dernière, lors de la première représentation du spectacle, les organisateurs avaient fait salle comble. Ils avaient misé sur l’entourage des personnes autistes dans le secteur pour remplir les 200 places de l’auditorium du centre Roussin.

Cette année, ils veulent rejoindre les personnes qui travaillent avec les personnes autistes. D’ailleurs, il n’y aura pas que des intervenants de l’est de Montréal qui seront présents. D’autres de régions plus éloignées ont annoncés leur venue, laissant croire que le projet pourrait de faire des petits ailleurs en province.

Déjà, les organisatrices prévoient que l’objectif de l’année suivante sera de rejoindre un public plus large, composé de personnes qui ne gravitent pas autour de l’autisme.

Comprendre l’invisible

Si le spectacle sert à expliquer l’autisme aux citoyens, il servira aussi de laboratoire pour les jeunes qui y participent. Puisque les personnes autistes ne comprennent pas l’invisible, les intervenantes ont dû redoubler d’imagination afin de leur faire saisir des concepts aussi simples que chanter.

« Pour qu’ils comprennent la voix, on les a d’abord fait souffler sur une plume. Ils ne savaient même pas qu’ils pouvaient contrôler leur voix », raconte Mme Gauthier.

De fil en aiguille, les jeunes sont arrivés à former une petite chorale. Le résultat faisant partie du spectacle, le chemin pour s’y rendre aussi puisque les intervenantes ont capté sur vidéo les exploits de leurs poulains. C’est ce court-métrage qui ouvre le spectacle.

Lors de certains numéros, les spectateurs seront peut-être étonnés de voir les jeunes fixant un petit carré dans la paume de leur main. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas appris leurs textes, ils tiennent un miroir, car ils ont besoin de voir qu’ils sont en train de faire quelque chose pour mieux le comprendre.

« La première journée qu’on a réussi à faire chanter Maxime, il y avait un jeune qui tenait le miroir devant lui en se balançant et nous [les intervenantes,] ont pleurait, se rappelle Mme Gauthier. On sentait qu’on touchait quelque chose! »

Retour au bruit…

Pour les parents aussi, c’est une victoire de voir leurs enfants performer sur une scène. « Certains étaient inquiets de l’anxiété que le spectacle pourrait provoquer chez leur enfant », admet Mme Gauthier qui croit qu’au bout du compte, l’aventure est bénéfique pour ses élèves.

Mais elle prévient que trop souvent le désenchantement attend les familles au tournant de la vingtaine, car l’école Tournesol et les ressources du centre Roussin prennent en charge les jeunes jusqu’à l’âge de 20 ans. « Nos finissants s’en vont vers le néant, déplore l’enseignante. À partir de 21 ans, il n’y a pas de ressources et il y a peu d’espoir qu’ils se trouvent du travail. Quelques-uns ont un stage, mais, souvent, ça ne débloque pas. »

« Les parents sont démunis et tristes de revoir leurs enfants de retour à la maison après 21 ans », estime Mme Gauthier.

Il faut dire qu’en plus d’être autistes, les élèves de l’école Tournesol sont atteints d’une « déficience acquise, puisque [l’autisme] les coupes du monde ». Mme Gauthier qui croit qu’un dépistage « quand ils sont petits pourrait nous permettre d’un peu pallier au manque de communication et de favoriser un meilleur développement. »

Mais au-delà de cela, elle croit que la solution est relativement simple. Comme les personnes malentendantes ont droit à un interprète, elle est d’avis que les personnes autistes devraient pouvoir en bénéficier aussi afin de décoder les situations sociales.

Avec son spectacle, les organisatrices espèrent attirer l’attention de la députée de Pointe-aux-Trembles et ministre de la Famille, Nicole Léger, pour lui faire part de leurs préoccupations. Surtout que Mme Gauthier observe une augmentation du nombre de cas d’autismes, augmente.

Qu’est-ce que l’autisme?

L’autisme se définit comme un désordre d’origine neurologique. Ce trouble touche de quatre à cinq garçons pour une fille. Les signes autistiques apparaissent avant l’âge de 30 mois et se présentent sous forme de troubles de la communication, de difficultés à comprendre les situations sociales et les attentes de l’entourage, de troubles sensoriels et de comportements stéréotypés ou répétitifs. Le mutisme est présent dans près de la moitié des cas d’autisme.(Source : Fédération québécoise de l’autisme)

Le spectacle Silence sera présenté le 12 avril, à 19 h, au centre Roussin (12125, rue Notre-Dame). L’entrée est de 5 $ (afin de financer un voyage à Saint-Élie-de-Caxton). Pour réservation, contacter Martine Gauthier au 514 642-8940, poste 17137.

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