Jardinage: au-delà des sols contaminés
L’idée a d’abord germé dans l’esprit de Marcel Campeau, un résidant de la coopérative d’habitation Le Colombier. Il a initié le projet depuis un peu plus d’un an. Maintenant, une quarantaine de bacs ornent le terrain, situé sur la rue Victoria.
« J’ai trouvé un moyen de faire du jardinage autrement. Les gens s’arrêtent sur le bord du chemin et nous pose des questions. Sachant qu’il y a plusieurs terrains contaminés dans les environs, c’est une belle alternative », explique-t-il.
En effet, les anciennes activités industrielles qui se sont déroulées dans le passé ont laissé leurs traces sur plusieurs terrains.
Dans le cas du jardin Le Colombier, M. Campeau soutient que certains automobilistes effectuaient leur changement d’huile sur le terrain auparavant. « On peut remarquer des plaques de glaise qui ont été formées à cause de l’huile », indique-t-il.
Mais puisque le terrain était disponible et offert à un prix dérisoire, la coopérative se l’est tout de même approprié.
L’Éco-quartier de la Pointe-aux-Prairies, qui supporte le projet, estime qu’il aurait été trop dispendieux de faire des analyses afin d’évaluer s’il était approprié d’y cultiver quoi que ce soit.
C’est pourquoi M. Campeau s’est tourné vers ce type de jardinage. « Et tous nos équipements sont faits de matériaux recyclés, les barils et les chevalets. On n’a pas eu un sou à débourser », spécifie-t-il.
Marie-Ève Dompierre, l’une des jardinières du Colombier, profite des bienfaits du jardin au quotidien, même si elle avoue que l’endroit « n’est pas particulièrement joli à l’œil ».
« Tout le monde partage ses récoltes. C’est sûr qu’il y a des limites à ce qu’on peut faire pousser, mais on peut avoir quand même beaucoup de choses », dit-elle.
Pas exiger des sols propres
Il serait impossible d’exiger que tous les sols dédiés au jardinage soient propres, convient Monique Beausoleil, toxicologue à la Direction de santé publique de Montréal.
« On se mettrait à décaper une grande zone de Montréal. Il y a des terrains sur lesquels des résidants profitent du jardinage depuis des années ».
C’est pourquoi l’instance a émis certaines recommandations dans son « Mémoire sur l’agriculture urbaine à Montréal – Semer pour la santé », tel que « le maintien et la protection des espaces déjà dédiés à l’agriculture urbaine et l’augmentation de la disponibilité des espaces pour la culture maraîchère, particulièrement en milieu défavorisé, tout en tenant compte de la problématique des sols contaminés ».
Des avis de santé publique de la DSP ont déjà été émis dans le passé pour des jardins contaminés, et certains arrondissements et jardins communautaires ont corrigé la situation en décontaminant des sols, en faisant la culture de légumes en bacs et la culture de fleurs ou de plantes ornementales.
Cependant, « il n’existe pas de critères spécifiques pour la culture des fruits et des légumes dans les jardins », peut-on lire dans le mémoire.
Si le sol d’un jardin est ou semble contaminé, Mme Beausoleil suggère de poursuivre les activités maraichères sur des géomembranes ou géotextiles.
Selon elle, il n’est pas toujours recommandable de procéder à la décontamination des sols. « C’est très cher, et il peut y avoir la présence de différents métaux ou de produits pétroliers », explique-t-elle.