Jean-Marcel Seck, un indépendant populaire
Être jeune, c’est un obstacle en politique?
À 19 ans et avec des broches, pour certaines personnes, je perds tout mon sérieux. Ça ne sert à rien. Parfois, c’était flagrant. Certains avaient une attitude maternelle ou paternelle et y allaient de conseils. Une dame m’a pris par les épaules et m’a dit « ça fait 50 ans que je suis la politique et ça ne te rendra pas heureux ». Ça m’a touché parce que, dans le fond, ces gens veulent mon bien. Ce sont des personnes plus âgées qui veulent guider un jeune, mais je sais très bien où je m’en vais et je veux réussir. Peu importe le temps que ça prendra. Je ne me mets pas de pression.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous présenter aux élections?
Quand j’étais jeune, je n’aimais pas la politique à cause des valeurs projetées par les politiciens. C’est une conversation banale avec un ami qui m’a décidé. Il m’a dit « Jean-Marcel pour président! » Bon, je lui ai expliqué que nous n’étions pas dans un système présidentiel, mais j’ai trouvé ça drôle. Et puis, pendant la grève étudiante, je me cherchais un projet.
Je ne voulais pas seulement représenter Jean-Marcel Seck, candidat indépendant, mais plein d’autres personnes avec qui j’ai eu des conversations. Mon but était de faire sortir le vote.
Un taux de participation de 75 %, c’est encore trop faible. Je me demande comment nous pouvons rejoindre l’autre 25 % qui n’est pas représenté. Alors j’ai écrit 25 textes [sur mon blogue].
Pourquoi se présenter comme indépendant?
Au début, je ne voulais pas me présenter pour un parti puisque je voulais faire sortir le vote et j’avais peur que mes idées se perdent dans un parti. Certaines personnes me disaient « élire un candidat indépendant, ça ne nous donne rien. Tu vas te retrouver dans le <@Ri>pit<@$p> à l’Assemblée nationale. » Pourtant, je crois qu’au contraire, un candidat indépendant représente mieux les citoyens.
Par contre, quand on fait partie d’un parti, on a accès à une meilleure organisation et a un plus gros budget […] Je trouve ça très triste que quelqu’un qui s’engage pour le bien commun ne puisse pas avoir le financement pour faire connaître ses idées. Il faut être réaliste, la réforme du système ne se fera pas de sitôt, et il faut que je me résolve à rejoindre un parti. Le cynisme dans la population vient de là. Le vote stratégique est une plaie pour notre société.
Êtes-vous satisfait de vos résultats?
Je suis très satisfait de mon résultat. J’avais mis la barre haute. Je savais que Nicole Léger allait être réélue, mais je visais les 1000 votes. Si j’avais pu faire campagne à plein temps, ça aurait peut-être changé quelque chose. Mais 565 votes [425 après le recomptage officiel], c’est 565 tapes dans le dos.
Mme Léger fait appel aux appuis traditionnels de la communauté. Elle est très près des gens, son père l’était aussi. Elle mérite ces appuis, elle fait un très bon travail à Pointe-aux-Trembles. Mais les citoyens sont peu consultés par les grands partis. Des gens ont été charmés quand je leur ai dit qu’avec moi, ils auraient une voix à l’Assemblée nationale. En ce moment, ils sont consultés aux quatre ans et on commence à chercher leur vote deux mois avant les élections.
Malgré tout, je trouve que je n’ai pas parlé à assez de gens. Je passais souvent 20 minutes à discuter avec les gens alors que plusieurs partis ne passent pas plus de deux minutes par citoyen. Il faut aller chercher les votes un par un. Il faut revenir à une démocratie plus forte. Pas une démocratie directe, ça, je n’y crois pas. Les représentants élus doivent pouvoir prendre des décisions.
Au lendemain des élections, que faites-vous?
Pour les élections, j’ai lâché mon emploi au Métro. Je suis étudiant en sciences humaines au cégep de Maisonneuve. Dans un an, j’entrerai en droit à l’université. Avant, je vais prendre une année sabbatique. Disons que j’ai eu une période difficile. Le 14 août, j’ai perdu ma mère.
Mais j’ai trouvé l’expérience [électorale] super intéressante. Je sais que la prochaine chose à faire est d’enlever mes broches. Je vais revenir, que ce soit en tant qu’avocat ou en tant que leader pour mener des projets porteurs pour le Québec. Je suis très inspiré par Pierre Bourgault [pionnier du mouvement indépendantiste] et René Lévesque [ex-premier ministre].
Qui est votre plus grande inspiration?
Nelson Mandela. J’aime l’homme. Il a su rester lui-même et représenter les gens même lorsqu’il n’était pas d’accord. Si les gens étaient capables de lui prouver qu’une majorité se ralliait à une idée, il la défendait. C’est ce qui manque vraiment dans notre société, des politiciens qui sont à l’écoute. Ils essaient de nous convaincre au lieu de nous écouter. L’oreille est une qualité essentielle pour les politiciens. C’est d’ailleurs ce que j’ai appris, à écouter et à regarder.
Les politiciens ne parlent que d’économie. Avoir un peuple éduqué et en santé, ça n’a pas de prix. Évidemment, tout a un prix… mais quand c’est rendu que des politiciens appellent les citoyens des « payeurs d’impôt », c’est parce qu’ils détournent les faits pour servir leurs opinions. Avoir 20 000 personnes [itinérantes] dans la rue, dans une société comme la nôtre, c’est inconcevable. Les gens veulent tous le changement, mais lequel?
Oui, il faut prendre des décisions impopulaires. Parfois, entre deux décisions, il faut choisir la moins mauvaise. Tout est dans la conscience. Les gouvernements ne prennent pas assez de recul. Ils sont trop concentrés sur leur mandat. Il faut un projet de société à long terme. Je crois que ceux qui ont la tribune ne l’utilisent pas bien. Il faut prendre des décisions pour le bien commun et qu’elles rapportent aux citoyens.
Résultats
Lors du dévoilement des résultats préliminaires des élections provinciales du 4 septembre, M. Seck avait obtenu 1,86 %, des appuis, ce qui le plaçait au rang de candidat indépendant le plus populaire. Après recomptage, M. Seck est passé en deuxième position avec 1,39 % des votes.