Montréal
18:11 8 juin 2020 | mise à jour le: 8 juin 2020 à 21:01 temps de lecture: 4 minutes

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont «oublié», déplore un médecin

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont «oublié», déplore un médecin
Photo: Zoé Magalhaès/Journal de RosemontLe pavillon principal de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont est particulièrement délabré.

La reconstruction de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) ne figure pas parmi les quelque 200 projets qui doivent être «accélérés» par le plan de relance économique présenté par le gouvernement provincial. Une absence «incompréhensible», déplore le chef de service aux soins intensifs, martelant que le «bateau coule».

Annoncé en 2018 par l’ancien ministre de la santé Gaétan Barrette, le projet de 1,8 G$ pour moderniser l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont doit permettre la reconstruction du pavillon principal et l’ajout de 800 lits.

Or, ce projet majeur qui permettrait d’insuffler une nouvelle vie à cet établissement vétuste est écarté du projet de loi 61. D’autres chantiers touchant des établissements de santé à Montréal, dont celui de l’agrandissement du bloc opératoire à l’hôpital Santa-Cabrini, y sont pourtant recensés.

Un non-sens, selon le Dr François Marquis, chef de service aux soins intensifs.

«Il pleut des briques à l’extérieur de la façade, l’eau s’infiltre de partout et il y a de l’amiante dans les murs. Une de mes collègues a même vu un bloc de béton tomber du plafond dans son bureau», illustre le Dr Marquis.

Cet «oubli» est d’autant plus incompréhensible que cet hôpital de l’est de Montréal soigne aujourd’hui 1 québécois sur 10.

Si les nouveaux bâtiments construits ces dernières années ont permis d’améliorer nettement la situation, le pavillon principal, lui, continue de se dégrader.

Ces problèmes de structures qui forcent les personnels soignants à redoubler d’efforts pour maintenir l’hôpital à flot ont aussi un impact direct sur la prise en charge des patients.

«Sans air climatisé, il n’est pas rare en été que des patients se retrouvent en soins intensifs à cause d’un coup de chaleur par exemple», confie le chef de service.

La pandémie, un événement révélateur

La vétusté des structures pose particulièrement problème face à des maladies infectieuses et contagieuses. Les aires ouvertes, l’absence de circulation de l’air et l’impossibilité de réaliser certains travaux rendent l’isolement des patients très compliqué.

Malgré le travail acharné des infirmières et des médecins, le délabrement de l’hôpital pourrait bien avoir facilité la contamination entre les zones chaudes et froides.

«C’est un cauchemar d’organisation, explique le Dr Marquis. La pandémie vient mettre en lumière tous ces problèmes, mais je pourrais aussi vous parler de l’influenza ou de l’épidémie de clostridium difficile qu’on a vécues récemment.»

La COVID-19 est selon lui un avertissement qui doit être pris au sérieux par le gouvernement et qui devrait être l’occasion d’accélérer le projet de reconstruction déjà commencé.

«Pendant cette crise, on a réussi à bien performer à bord d’un bateau à moitié coulé. Mais ça ne pourra pas durer encore deux ou trois ans. Il faut agir dès maintenant», insiste le médecin.

Des raisons à éclaircir

En entrevue avec Métro, le député caquiste de Bourget, Richard Campeau, s’est dit lui-même «étonné» de l’absence du projet de reconstruction de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Il affirme en avoir fait part au Conseil du trésor.

«Une explication potentielle dont je ne suis absolument pas sûr, ça pourrait être que le projet n’est pas assez avancé pour qu’on puisse dire “go” maintenant. Parce que c’est un immense projet assez complexe, alors il y a peut-être un peu de ça là-dedans», spécule-t-il.

Pour sa part, le député Québec solidaire de Rosemont, Vincent Marissal déplore ne pas avoir été consulté par le gouvernement pour l’élaboration de la liste.

«Il l’a établie, notamment en fonction du nombre de circonscriptions caquistes et force est d’admettre que Montréal et plus particulièrement l’Est de Montréal est, encore une fois, l’enfant pauvre», souligne l’élu.

En faveur de la reconstruction de l’HMR, M. Marissal rappelle que le projet est toujours au Plan québécois des infrastructures. Partageant l’avis du Dr Marquis, il souligne l’urgence de commencer dès maintenant les travaux nécessaires.

Avec les informations de Naomie Gelper.

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