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Les maux juridiques ont un prix

Beauchemin Philippe - TC Media
C’est d’abord le phénomène des poursuites judiciaires abusives qui a mené la caméra de Julien Fréchette sur les abords du palais de justice de Montréal, en 2008. Là, il y trouvera le cas « atypique de par les proportions des moyens », comme il le dit, de l’auteur Alain Deneault, poursuivi par deux compagnies minières canadiennes pour diffamation. De ce cas unique en résultera le documentaire Le Prix des mots, qui sort ces jours-ci sur les écrans.

Durant trois et demi, donc, le réalisateur, résident de La Petite-Patrie, suivra cette saga judiciaire d’un auteur scientifique et de sa petite maison d’édition, Écosociété, aux prises avec des poursuites de plusieurs millions de dollars émanant des compagnies minières Barrick Gold et Banro.

« On ne sait pas quelle sera la finalité quand l’on commence un documentaire, explique M. Fréchette quand on lui demande pourquoi ce cas est devenu le point central de son film. On sait ce que l’on veut raconter, on a une idée, mais en même temps, il y a la réalité. Ce cas n’était pas le sujet de départ, mais il s’est imposé et j’ai fini par assumer que le film allait porter sur cela. Ce fut un long processus, difficile. Tout ce temps à filmer et poser des questions, à faire le tour du dossier, ça mène à un rapport particulier avec le sujet principal de l’histoire. Je ne voulais pas que mon film devienne une tribune ou un outil pour détourner le système, mais qu’il soit un regard sur un cas judiciaire de cette nature, où les moyens entre les parties impliquées sont disproportionnés », dit le réalisateur.

Noir Canada

Le Prix des mots, une coproduction MC2 Communication Média et de l’Office Nationale du Film (ONF) du Canada, aborde donc l’histoire judiciaire entourant la sortie du livre Noir Canada, paru en 2008 aux éditions Écosociété. Son auteur, Alain Deneault, y recense les allégations d’observateurs internationaux concernant les abus supposés de dizaines de minières canadiennes, dont Barrick Gold et Banro. Dès la sortie du livre, ces dernières ont nié les informations et ont poursuivi pour diffamation l’auteur, ses collaborateurs et la maison d’édition, pour plusieurs millions de dollars.

Julien Fréchette porte à l’écran les états d’âmes de ceux qui sont poursuivis, de leurs tentatives pour trouver une solution à ce qu’ils qualifient de « poursuites bâillonnes et excessives » de la part des compagnies minières.

« Il y a un problème d’équité et d’accessibilité dans le système de justice, indique M. Fréchette. On nous vend l’idée que l’on est tous égaux dans le système de justice, mais la grande majorité des gens n’ont pas accès à une équité et aux mêmes moyens de défense dans le système judiciaire. Je pense que mon film le démontre. »

Autre film, autre sujet

Après plusieurs années plongées dans le système canadien de justice, et alors que Le Prix des mots s’apprête à prendre l’affiche le 8 février à Québec et Montréal (L’Excentris), M. Fréchette espère maintenant tourner sa caméra vers d’autres horizons.

« Je ne veux pas avoir l’impression de refaire le même film continuellement, parce que ce qui est intéressant d’un métier artistique, c’est justement d’avoir accès à des sujets différents. J’ai déjà quelques idées qui sont assez avancées et qui sont différentes de ce que j’ai fait jusqu’ici. »

Parmi celles-ci, un film sur le peuple kurde et ce pays qui n’existe pas réellement, le Kurdistan. « C’est fascinant comme idée de départ. En tant que Québécois, on se sent interpellé par cet endroit, par ces gens qui sentent qu’ils appartiennent à un pays, mais que celui-ci n’existe pas.

Maintenant, reste à voir ce qui se présentera à moi durant le tournage. Il faut toujours rester ouvert et on ne sait pas où les gens, ce qu’ils vivent, vont nous mener. »

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