De Halifax à une ruelle de Rosemont
C’est à la suite d’un concert de son locataire, Doug Macnearney, que la propriétaire du 5990 de la 2e Avenue, Ariane Bramann, a décidé d’organiser un spectacle dans la ruelle derrière son logement. « Je ne l’avais jamais entendu chanter auparavant. Quand j’ai entendu sa voix, ç’a été un véritable coup de cœur », explique-t-elle.
De nature rassembleuse, la jeune propriétaire s’est tout de suite empressée de lui proposer de faire un spectacle gratuit pour les locataires de l’immeuble et leurs voisins. M. Macnearney a accepté et en a parlé à son ami Owen Steel.
Montréal la froide?
Parmi la trentaine de spectateurs, beaucoup étaient des amis ou de la famille, d’autres des voisins. « Ce qui était le plus important pour nous, c’était que ça reste des gens du quartier. On en a parlé à presque tous nos voisins », dit Marie-Ève Lenghan. Cette dernière a épaulé Mme Braman dans l’organisation de la soirée. Les deux Rosemontoises espèrent répéter l’expérience.
« Je crois qu’on a beaucoup de clichés à propos de Montréal, surtout le fait que les Montréalais sont froids et qu’ils ne se parlent pas. En dehors du plaisir qu’on a d’assister gratuitement à un spectacle, il y a aussi le rapprochement qui se fait entre nous », déclare Mme Braman. Elle considère que ce spectacle de ruelle est une façon de se débarrasser de ces préjugés.
Malgré la distance
Les deux musiciens sont des amis d’enfance. Ils ont grandi face à la mer en Nouvelle-Écosse. « On s’est rencontré à l’école secondaire. Je crois que c’est vraiment la musique qui nous a rapprochés », se souvient M. Macnearny. C’est elle qui les unit encore aujourd’hui. Alors que M. Macnearney a décidé de suivre Mme Lenghan, sa copine, au Québec, M. Steel est resté dans les Maritimes. Malgré la distance, l’amitié entre les deux musiciens ne s’est jamais tarie. C’est ainsi qu’ils ont eu l’idée de participer tous les deux au Festival de musique de Dawson, au Yukon. « J’ai parlé à Owen de la proposition d’Ariane, ça l’a emballé. Il est venu me rejoindre au Québec pour quelques jours. C’est en quelque sorte une répétition avant de partir pour le Yukon », explique M. Macnearny.
À quelques minutes avant le début de la représentation, les deux amis étaient très fébriles. « Je suis vraiment excité à l’idée de jouer ici », confie M. Steel en anglais. Contrairement à son ami, il ne parle pas le français, à l’exception de quelques formules de politesse. Malgré cela, il se sent bien dans la province francophone. « Il y a une énergie vibrante et créatrice ici », continue-t-il. M. Macnearny se considère choyé. « C’est vraiment génial de voir autant de gens venir pour nous voir jouer », dit-il.
Dans la ruelle, on discute, mange et boit. Quelques rires fusent de part et d’autre. Après leur baignade, les enfants d’à côté ont troqué leur maillot de bain pour leur pyjama. Ils sont assis sur le balcon de leur appartement avec leurs parents. Un chien renifle les petits recoins et jappe à l’approche d’un inconnu. Le soleil continue sa lente descente. Les deux guitaristes grattent finalement les premières notes sur leur guitare. La voix gutturale d’Owen Steel s’élève au-dessus des spectateurs rassemblés sous le balcon.
Rémy-Paulin Twahirwa