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Un œil sur la Banque d’yeux

Beauchemin Philippe - TC Media
Dans un réfrigérateur, quelques récipients. Une dizaine, tout au plus. Ce qu’ils contiennent est d’une importance majeure pour des centaines de gens en attente d’une greffe. Ici, c’est la vue que l’on peut redonner. Visite de la Banque d’yeux du Québec, qui a ses assises à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Dans le premier contenant que l’on nous tend, une fois à l’intérieur du minuscule laboratoire, on y retrouve une cornée (partie transparente qui recouvre l’iris d’un œil) flottant dans un liquide nutritif rose. Elle est là pour une dizaine de jours, tout au plus, sinon elle ne pourra être greffée sur l’œil d’un patient, nous explique-t-on. Même chose pour une sclère (la partie blanche de l’œil) que l’on nous montre par la suite et qui se retrouve également dans un petit contenant réfrigéré. Celle-ci sera découpée en 12 petits morceaux et servira lors d’opération de glaucome, notamment.

« Un donneur de ses deux yeux peut aider jusqu’à 26 personnes à retrouver la vue. En plus, il n’y pas de risque de rejet, comme on le voit pour d’autres organes. La cornée est compatible avec tous les yeux. On peut redonner la vue à ceux qui ont une maladie de la cornée. C’est pour cette raison que l’on insiste et demande aux gens de dire à leurs proches qu’à leur décès, ils veulent faire don de leurs yeux », mentionne Manon Charest, assistante chef à la Banque d’yeux du Québec.

Lors de notre passage, il y avait peu de globes oculaires prêts à être utilisés pour d’éventuelles greffes.

« On est en pénurie d’yeux. On en importe même des États-Unis pour répondre à la demande. Mais depuis notre association avec Héma-Québec il y a quelques années, ça va quand même mieux. On a plus de donneurs et la liste d’attente a fortement diminué; on parle d’environ cinq mois maintenant », souligne l’assistante chef.

Même si la quantité d’yeux « québécois » disponibles pour les greffes est actuellement plus basse, il ne faut pas s’alarmer outre mesure, comme l’explique la chef médicale de la Banque d’yeux, Michèle Mabon.

« Ce ne serait pas mieux si l’on avait 25 cornées prêtes, parce qu’on ne pourrait pas les utiliser dans le délai acceptable de greffe, qui est de moins de 14 jours depuis la réception du don. De plus, il y a une fluctuation dans la réception des yeux; des mois on reçoit énormément, d’autres, moins. Je me souviens de l’année de l’éclosion de la grippe H1N1, il y a deux ans. On avait alors reçu 90 cornées que pour le mois de décembre. On en avait trop! »

Avantage, les bleus!

À la question de savoir qui peut donner ses yeux, la réponse est unanime: tout le monde, ou presque.

« Même si l’on porte des lunettes, que l’on est myope, que l’on fait des cataractes, on peut donner nos yeux. Les seuls qui ne peuvent pas, ce sont ceux qui ont eux- mêmes une maladie de la cornée » laisse savoir Denis Normandin, technologiste médical travaillant à la Banque d’yeux.

Les spécialistes rencontrés éclatent de rire quand on leur demande s’ils sont portés à regarder et surtout à analyser les yeux des gens qu’ils rencontrent.

« C’est vrai que des fois, on se dit : « Et que ça ferait un beau don, ces yeux-là ». Et surtout quand l’on voit des gens avec les yeux bleus… Pour nous, c’est plus facile de retirer la cornée du globe sur un œil qui a un iris clair que foncé », affirme Linda Chateauneuf, infirmière à la Banque d’yeux, en souriant.

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