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Le barbecue au bûcher

Comme je suis cuisinier, on me sollicite souvent pour des conseils culinaires. À l’arrivée de l’été, on me réclame inévitablement des recettes et des astuces pour le Bar-B-Cue. Or, je vais vous faire une confidence; bien que je sois chef, cela ne fait pas de moi un connaisseur de la cuisson sur charbon de bois, loin de là. J’estime d’ailleurs que, au risque de me faire des ennemis, c’est aussi le cas de la majorité des Québécois.

Contrairement à ce qu’ils pourraient prétendre, les « kings du grills », « papes de la briquette » et autres « barons de la bonbonne » autoproclamés ne savent pas se servir d’un barbecue, ou s’en servent mal. Même les États-Uniens, à qui l’on doit les pires hérésies culinaires de l’ère moderne, sont meilleurs que nous sur le grill. La honte!

Au mois de juin l’an dernier, je dénonçais haut et fort dans ma chronique, au même titre que la « matantisation » des médias, la « mononclisation » du grill. J’imagine que l’arrivée hâtive du printemps est l’une des raisons pour lesquelles ma chère chef de pupitre me demande d’aborder le sujet à nouveau, et ce, deux mois plus tôt… Pourtant, rien n’a changé. Je dirais même qu’au moment d’écrire ces lignes, mon ressentiment est pire.

Je déteste le barbecue. Voici pourquoi.

D’abord, le fait que j’ai grandi dans une famille très modeste de l’est de la ville m’a en quelque sorte écarté dès la base de la « culture du patio ». Ma cour arrière était dans le parc d’en face et mon patio sur le trottoir. Loin de moi l’idée de me plaindre, j’ai vécu une belle enfance et adolescence, mais ça illustre peut-être pourquoi les BTU que tu as sous le capot de ton grill et la température de ta piscine, que tu calcules en Fahrenheit, ne m’impressionnent pas plus que le niveau de PH de ta pelouse. Des pissenlits c’est beau, ça pousse partout, et ça se mange en plus.

L’objet comme tel, dans l’inconscient collectif des Québécois, est sans doute le plus « over rated » de notre culture tant culinaire que populaire. À quoi bon payer la totale pour un barbecue triple grille avec rôtissoire, fumoir et « cooler » intégrés si c’est pour calciner des vulgaires galettes de steak haché et des saucisses à hot-dog une quinzaine de week-ends par année ? L’un des meilleurs repas que j’ai mangés à l’occasion d’un barbecue avait été cuisiné entièrement à l’aide d’une poubelle de métal savamment transformée avec les moyens du bord… « Tasse toé mononcle » avec ta grosse spatule en stainless steel.

Mais surtout, on devrait tous détester la cuisson sur le BBQ parce que c’est cancérigène ! Non matante, c’est faux. On accuse souvent le barbecue à tort à ce niveau. Il est vrai qu’au contact des flammes, les graisses qui brûlent laissent des hydrocarbures aromatiques polycycliques sur la surface des aliments. Parmi ces « arômats », le benzopyrène est effectivement considéré cancérigène. Mais il est présent en quantité si infime qu’il ne pose pas de véritable risque pour la santé. Ce n’est donc pas le barbecue le danger, mais bel et bien celui qui s’en sert mal et qui l’entretient mal. Par exemple, en carbonisant sa viande en la cuisant à même la flamme plutôt que sur la braise et en étant trop paresseux pour bien nettoyer sa grille. À propos, je recommande toujours d’utiliser des marinades sèches plutôt que des marinades à base d’huile pour la viande. Parce que mettre de l’huile sur le feu a tendance à faire ce que ça fait quand on met de l’huile sur le feu…

Je déteste également tout ce qui est « à saveur » de barbecue. Particulièrement les chips. Quand j’étais petit, ma mère disait que j’étais trop énervé pour manger du chocolat. Alors à Pâques, mon frère recevait un lapin, ma soeur une poule et moi des chips. Damn you B-BQ ! Je viens d’une famille bilingue.

Je déteste aussi le Bar-B-Q parce que je ne sais jamais comment écrire barbecue. C’est pourquoi j’ai allègrement parsemé multiples épellations dans ma chronique. J’y vais avec les probabilités. Traitez-moi d’illettré, je vous répondrai que c’est un exercice de style.

Comme on dit, si le chapeau vous froisse, repassez-le. Pour les autres, vous seriez en droit de me croire fou si je n’admettais pas que malgré tout, j’aime les barbecues. Ceux qui ne sont pas à propos de la bouffe, mais plutôt à propos d’une bonne raison pour se rassembler et célébrer l’été… Si les Québécois sont rarement prophètes dans leur pays, ils le sont dans leur cour arrière quatre mois par année, bière dans une main, spatule dans l’autre, prêts à tout pour défendre les convictions de leur royaume. Quand mon vieux chum Tanguay m’invite à un de ses barbecues, il ne me laisse jamais approcher sa grille. C’est lui le king. Et il a raison.

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