Montréal
17:59 8 août 2019

Conscientiser face aux violences sexuelles au cégep de Saint-Laurent

Conscientiser face aux violences sexuelles au cégep de Saint-Laurent
Photo: Nouvelles Saint-Laurent News – Laurent LavoieLa campagne #Finidoncpastaphrase s'amorce à la rentrée des classes.

L’heure est à la sensibilisation au cégep de Saint-Laurent en matière de violences sexuelles. La campagne #Finisdoncpastaphrase, mise sur pied par une diplômée, prendra son envol à la rentrée. 

Il y a de cela un an, Béatrice Allard a pris l’initiative, sur un coup de tête, de concevoir des affiches pour attirer l’attention des étudiants sur les mots et gestes violents.

«Je trouvais qu’il manquait une campagne qui allait vraiment s’attaquer à des choses [inacceptables] qu’on fait tous les jours et qui se produisent dans une institution scolaire», explique la jeune féministe.

Les individus qui commettent ces actes peuvent avoir grandi dans une culture permettant ce type d’agression, estime celle qui vient de compléter un double DEC en sciences humaines et piano classique.

Béatrice Allard compte se spécialiser en droit de la technologie à l’Université d’Ottawa, où elle gardera un œil sur l’enjeu des violences sexuelles.

Comportements à éviter

Sur une des affiches de la campagne Finis donc pas ta phrase créées par Béatrice Allard, qui espère contrer la banalisation de certains comportements, on peut lire: «Tes jambes sont tellement…» suivi de «Ton commentaire est déplacé et envahissant, pas flatteur». Sur une autre, «Tsé si la fille…» suivi de «Ta joke de viol est brutale et insensible, pas drôle».

Populaires auprès des jeunes, les affiches ont circulé dans plusieurs autres cégeps, dont du Vieux-Montréal et le collège Jean-de-Brébeuf. 

L’initiative s’est rendue aux oreilles de l’administration du cégep de Saint-Laurent qui a décidé d’appuyer l’étudiante. Une campagne de plus grande envergure a donc été mise sur pied.

Avec l’aide de l’intervenante en soutien psychosocial engagée en janvier, Josiane Turcotte, de nouvelles affiches ont été produites. Cinq capsules vidéo seront également publiées et chacune portera sur un thème précis. 

Il sera question de catcalling, lorsqu’un homme fait des remarques déplacées en croisant une femme, du récit d’une agression sexuelle, de cas où les violences sexuelles sont ridiculisées, de sexisme commis par une personne en autorité et des préjugés associés aux tenues vestimentaires.

Place à amélioration

Pour l’instant, il n’y a pas de registre des requêtes liées aux violences sexuelles au cégep de Saint-Laurent. Pour aider les quelque 3 000 étudiants, seuls deux intervenants et une infirmière sont disponibles. Il y a ni psychologue ou sexologue.

«On va être honnête, les cégeps ont vraiment du chemin à faire, indique Mme Turcotte. Les universités, par exemple, offrent des services spécifiques. C’est notamment le cas de Concordia qui compte son propre Centre d’aide aux survivantes et survivants d’agression sexuelle.

La situation risque toutefois de s’améliorer. Le projet de loi 151 visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur les force maintenant à adopter des politiques plus strictes d’ici septembre. 

Des formations annuelles sont maintenant offertes aux employés du cégep de Saint-Laurent et aux représentants des associations. Chaque étudiant sera dans l’obligation de suivre cet atelier au moins une fois au courant de ses études.

«Même si tous les services sont disponibles, ce n’est pas facile pour une victime», soutient Béatrice Allard.

Une refonte du site web est également en cours. Un espace sera désigné pour les violences à caractère sexuel avec toutes les informations pour contacter un intervenant.

Plus de 14% des femmes et des filles ayant soumis une demande aux Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) du Québec ont été agressées entre 18 et 23 ans, selon les données compilées en 2018 et 2019 par l’organisme.