Saint-Laurent

Franck Sylvestre: le conteur en tournée à Saint-Laurent

Pour sa tournée, Franck Sylvestre prépare quatre spectacles, chacun avec un texte de près de 50 pages. Il sera aussi de passage à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, le 13 novembre. Photo: Mohammed Aziz Mestiri – Métro Saint-Laurent

Le Centre des loisirs de Saint-Laurent accueillera le conteur Franck Sylvestre le 27 novembre dans le cadre de sa tournée. Celui-ci y présentera Âme en Exil, une série de neuf histoires où les personnages se trouvent isolés du monde.

Bien que le thème de la solitude soit commun aux récits d’Âme en Exil , chacun d’entre eux dépeint une figure unique. Un jeune poète monte sur scène, une épreuve qu’il doit surmonter seul devant son public.

Bourreau et esclave en Nouvelle-France ramené depuis la Martinique, Mathieu Léveillé est méprisé pour sa fonction, qui le force à tuer une semblable, Marie-Josèphe-Angélique. Dans la pièce, le personnage historique revendique le nom fictif d’Ousmane Traoré.

Un autre texte, dont une interprétation est publiée sur YouTube sous le titre Je me souviens, illustre la solitude de feu le conteur et réalisateur Pierre Falardeau. Il y est aussi question de la rencontre et de l’amitié qui a uni les deux hommes. M. Sylvestre a joué dans Elvis Gratton 2.

Âme en Exil fait partie du nouveau répertoire de l’artiste. Ce sont des écrits originaux de l’acteur. Alors qu’il a toujours performé en solo, une équipe l’accompagne pour cette œuvre, notamment pour un usage marqué de la musique.

Il a fait ses débuts au théâtre en France. «Mon premier contact avec le conte – sans faire exprès – provenait du Mozambique. Il s’intitulait L’histoire de Kouloumé et ses frères», relate-t-il.

C’est à Montréal, où il s’est installé en 1998, que le natif de Drancy, en banlieue parisienne, a été «sacré» conteur.

Une première rencontre avec André Lemelin lui a fait découvrir le milieu des conteurs. «Dans l’ancien bar du Sergent Recruteur, à l’étage il y avait les bikers, et en bas c’étaient les contes», décrit-il.

Le milieu était petit mais intime, se remémore Franck Sylvestre, qui le compare à celui des premiers musiciens de jazz expérimentant leurs compositions. Plusieurs noms phares en faisaient partie, dont Michel Faubert, Jean-Marc Massi, Renée Robitaille, Claudette L’Heureux et Fred Pellerin.

Place du conte

Les contes d’Afrique et des Antilles traversent le parcours de l’homme de 52 ans, qui y trouve un lien avec son ascendance martiniquaise. Pour lui, le conte a une aura en ce qu’il est transmis à travers les siècles. Leurs orateurs ont le rôle de conserver et de transmettre l’héritage d’un autre temps.

Il cite l’exemple des conteurs de plantation en Martinique. «Il divertissait les autres, mais savait aussi qui planifiait s’évader et qui passait des messages», décrit-il.

Il se remémore une scène de son enfance en Martinique, lors de funérailles. Un conteur y était présent. «Il parlait, disait des blagues et charriait le défunt, pour aborder ensuite des choses spirituelles», relate-t-il.

Le conte est l’art d’être avec les gens au même moment au même endroit, selon sa définition. «Je suis déstabilisé quand l’éclairage ne me permet pas de voir les trois premiers rangs de spectateurs», mentionne-t-il.

J’essaie de sortir le Jacques Brel en moi.

Franck Sylvestre

La place du conte et de ses conteurs au Québec est une question qui reste entière pour Franck Sylvestre. «Je pense qu’on est victime d’une certaine image, qui est associée exclusivement à Noël et aux enfants, et c’est difficile de faire bouger les esprits là-dessus», estime-t-il.

La profession s’est structurée en 2004 sous le Regroupement du conte au Québec (RCQ), qui approche les diffuseurs pour assurer une place médiatique à l’art.

«En revanche, pour le conte traditionnel québécois, le public s’est fixé sur le travail de Fred Pellerin», nuance M. Sylvestre, au risque d’homogénéiser la scène.

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