La réinsertion par la culture maraîchère
Basée à Pierrefonds, la ferme D-3 Pierre offre des paniers de légumes bio, promet une sortie agréable pour la famille, vend des produits locaux – mais sa mission fondamentale ne se limite pas à cela. Pendant huit mois, la ferme devient un milieu de vie pour des jeunes de 18 à 30 ans qui sont en voie de réinsertion sociale.
Pour André Lemire, originaire de Gatineau, la ferme a été un second souffle. Étudiant en arts visuels à l’UQÀM il y a 11 ans, il se retrouve, après un an d’études, devant une déception : il ne trouve pas chaussure à son pied. Par hasard, une amie lui parle du programme et il décide de faire le saut, contre toute attente.
Depuis, il y a trouvé une vocation. Il termine ses études en arts visuels à l’Université du Québec en Outaouais avec une mention d’excellence, mais travaille à la ferme depuis. Il est un des employés qui revient, année après année, afin d’insuffler de l’espoir aux jeunes.
« Ici, ça devient comme une famille, a-t-il commenté. Les jeunes sont comme dans une entreprise, mais échangent tout au long de la saison. On peut parler ensemble, s’entraider et apprendre. »
Plus qu’un emploi
Ces jeunes dont ils parlent viennent de milieux éclectiques : ce sont des travailleurs qui manquent d’estime en soi, des jeunes qui se cherchent, certains ont eu des problèmes de toxicomanie – mais tous ont quelque chose en commun : ils veulent trouver une nouvelle voie.
« Les jeunes viennent ici pour effectuer un retour sur le marché du travail ou aux études », a expliqué Dominique Patry, agente au service à la clientèle et à l’administration et originaire de Pointe-Claire et Beaconsfield. La ferme fonctionne comme une entreprise « normale »: les jeunes doivent respecter un horaire précis, les tâches sont bien définies et une période de probation existe. Au-delà des règlements et du code de vie, ce sont l’estime de soi et l’ouverture sur la vie qui importent pour les jeunes, qui sont présents de façon volontaire.
« Il y a un intervenant social sur place qui suit les jeunes », a relaté Mme Patry. Le taux de succès au programme est élevé selon l’organisme, mais pour l’adjointe à la direction générale, Johanne Coté, il n’y a aucun cas qui devient un échec.
« Au plan personnel, les jeunes apprennent quelque chose. Parfois, ils reviennent des années plus tard pour nous raconter leur parcours de vie. Ça, c’est notre récompense. On a semé une graine qui a germé », a-t-elle souligné.
Toutes les facettes de l’agriculture sont présentées aux jeunes : « ils vont semer la graine, faire le désherbage, la récolte, bref, tout de A à Z, a expliqué Mme Patry. Ils s’occupent également des animaux. C’est notre côté touristique, les animaux. »
Les jeunes sont fiers du travail accompli lorsqu’ils récoltent le fruit de leur labeur. « Une mère est passé au magasin et s’est procuré des œufs afin d’encourager sa fille, a raconté Mme Patry. Cette dernière est allé reporter les œufs choisis et lui a tendu un autre carton en lui disant qu’elle avait recueilli ceux-ci. »
André Lemire n’aurait jamais cru travailler sur une ferme. Le jeune homme est toutefois reconnaissant d’avoir déniché ce programme qui a changé sa vie. « Ce que l’on fait ici offre tout un sens à la vie des participants », a-t-il conclu.
Quelques renseignements
La ferme D-3 Pierre de Pierrefonds est membre du réseau des fermiers de famille d’Équiterre.
Tous les profits des ventes de paniers et du magasin général servent à financer le volet de réinsertion à la ferme.
Au magasin général, on y trouve des produits de la ferme, comme des œufs, du miel et du sirop d’érable. Des produits locaux sont également en vente, comme le café équitable et la farine bio.
On peut visiter le site www.d3pierres.com pour davantage de renseignements et pour les horaires de visites.