Un Léonardois dénonce le manque d'accès aux autobus de la STM
Il est mercredi, 9 h 30. M. Chouarhi se rend en quadriporteur à l’arrêt d’autobus situé à l’intersection du boulevard Langelier et de la rue Couture. Ce matin, il fait froid; l’hiver n’a pas encore dit son dernier mot.
Après quelques minutes d’attente, l’autobus se présente. M. Chouarhi salue le chauffeur et lui demande de déployer la rampe d’accès coulissante, fixée sous la porte arrière du véhicule.
La porte s’ouvre, mais la rampe, elle, ne bouge pas. Après quelques tentatives infructueuses, il devient évident qu’il ne pourra pas monter à bord.
Deux heures plus tard, sur la rue Jean-Talon, la situation se produit à nouveau.
« Il arrive souvent que le système ne fonctionne pas. J’estime que ça peut m’arriver 120 fois par année », déplore-t-il.
Dans ces cas, il doit se résigner à attendre le prochain passage. Heureusement, aujourd’hui, l’attente n’est que de quelques instants. Mais bien souvent, il doit patienter 10 ou 15 minutes. Un retard auquel il ne se heurterait s’il avait l’usage de ses jambes.
Encore plus ennuyeux, il peut lui arriver que deux, trois ou même quatre autobus successifs n’aient pas de rampe fonctionnelle.
« Il m’arrive de devoir attendre 45 minutes avant de pouvoir finalement monter dans un autobus. C’est encore plus problématique quand il fait -20 ou -30 degrés. Je n’ai pas la capacité de marcher pour que la circulation sanguine réchauffe mon corps. Il me faut le bus », plaide-t-il.
Un service inégal
« Si la rampe ne fonctionne pas, il ne faut tout simplement pas sortir l’autobus du garage. Sinon, c’est de la discrimination », clame Linda Gauthier, présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), un organisme qui milite pour les droits des personnes en situation de handicap.
En 2011, des militants de l’organisme se sont mobilisés une journée entière pour évaluer la performance d’une soixantaine d’autobus. Leur enquête a révélé que près des deux tiers des véhicules testés ont présenté des problèmes d’accessibilité majeurs. Une fois sur trois, les usagers n’ont même pas pu monter à bord.
Le problème découle du système mécanique de la rampe coulissante installée dans les modèles d’autobus plus anciens.
« Ces autobus ne sont pas faits pour le climat québécois. Le sable, la poussière, la glace et les petites roches s’infiltrent, bloquant ainsi le mécanisme. Selon l’une de nos sources à la STM, il y a aussi un manque flagrant d’entretien », affirme Mme Gauthier.
Les bris mécaniques et le manque d’accessibilité donnent l’impression à M. Chouarhi qu’il existe deux classes d’usagers.
« Parfois, le chauffeur sort la rampe, mais elle reste bloquée. L’autobus ne peut donc plus décoller. Je me sens gêné. Les gens à l’intérieur peuvent se dire “qu’est-ce qu’il fait celui-là, on est retardé à cause de lui.” »
Tranquillement, le problème se résorbe. Les nouveaux véhicules qu’achète la STM sont munis de rampes qui se déploient en se dépliant. Selon les usagers, elles sont moins susceptibles de briser.
La STM indique que plus de 50 % de ses véhicules sont dotés de cet appareil. Les anciennes rampes disparaîtront lorsqu’elles auront atteint leur durée de vie utile, mais cela pourrait prendre encore quelques années.
En attendant ce jour, M. Chouarhi refuse de prendre son mal en patience. Chaque fois qu’il ne peut pas monter à bord d’un autobus, il note minutieusement l’heure, le jour et le numéro de bus. Toutes les semaines, il appelle au service à la clientèle pour signaler ces incidents.
« Je comprends qu’il ne fonctionne pas et que ce n’est pas la faute du chauffeur. Mais j’estime avoir le droit à une compensation pour toutes les heures perdues et les rendez-vous manqués. »
Il demande donc aux autorités de lui rembourser l’équivalent de deux cartes d’autobus mensuelles. Selon lui, la STM ne lui offre que la moitié de ce montant.