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Un plan d'action pour enrayer les infestations au Domaine Renaissance

Punaises, coquerelles, rats : les infestations perdurent depuis des années au Domaine Renaissance, au désespoir de certains de ses locataires. Afin de venir à bout du problème d’insalubrité, le propriétaire des immeubles met en place un nouveau plan d’action. Mais la stratégie ne fait pas l’affaire de tous.

Frédérique Charest

En janvier, un projet-pilote d’extermination de masse a été effectué dans l’ensemble des logements de l’une des bâtisses. L’opération n’a pas eu le succès escompté.

« L’étape primordiale à la réussite d’une intervention de cette envergure est la préparation des logements. Certains locataires n’avaient pas préparé leur logement et d’autres avaient carrément refusé », explique par courriel Cédric Constantin, coordonnateur au développement du Groupe Mach, propriétaire des immeubles depuis 2011.

Malgré cet échec partiel, l’entreprise immobilière dit avoir fait plusieurs constats, qui pourraient, selon elle, lui permettre d’agir avec plus d’efficacité.

« Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait présence de punaises et coquerelles dans seulement trois logements sur 14, ce qui était beaucoup moins qu’on le pensait, fait valoir M. Constantin. Les interventions seront maintenant plus ciblées. »

Un agent de liaison

La nouvelle stratégie découle d’un processus de consultation du comité salubrité, formé du propriétaire, du milieu communautaire, du CSSS Saint-Léonard et Saint-Michel, de la Ville de Montréal et de l’arrondissement.

« L’une des conclusions qui a été tirées de ça, c’est que la confiance entre les résidents et le propriétaire n’est pas nécessairement acquise. Il y avait aussi quelques barrières, dont la langue », souligne Steeve Beaudoin, directeur des affaires publiques et du développement communautaire à Saint-Léonard.

En partenariat avec le CSSS et la Ville de Montréal, l’arrondissement financera l’embauche d’un agent de liaison qui aura pour mandat de faciliter les interventions et de servir de pont entre le propriétaire et les locataires. Elle fera aussi un travail d’éducation.

« Il faut expliquer à certains locataires qu’on ne doit pas ramasser de meubles le premier juillet. Par exemple, un matelas infesté, laissé sur le bord du chemin, pourrait répandre des punaises dans tous les logements. Ce n’est pas quelque chose qu’on voit couramment, mais ça peut se produire », explique Claude Doyon, coordonnateur au développement des communautés et santé publique au CSSS de Saint-Léonard et Saint-Michel.

« On était prêt à le faire pourvu que le propriétaire s’engage à traiter les 21 bâtiments sur une période maximale de 12 mois, précise M. Beaudoin. Pour la première fois, on sent qu’il y a réellement une possibilité d’améliorer cette situation de façon très significative. C’est dû au fait que les gens travaillent tous ensemble. »

La personne ressource, qui sera embauchée sous peu, travaillera sous l’égide de Concertation Saint-Léonard (CSL).

Ismaël Saugou, directeur général de CSL, voit le projet d’un bon œil, mais soutient que le propriétaire devra également faire ses preuves.

« J’espère qu’on voit enfin la lumière au bout du tunnel, mais j’aurai confiance quand les choses seront réelles. J’ai constaté que ça traîne depuis des années. Pour l’instant, j’attends de voir. »

Trop peu, trop tard

Sylvie Dalpé, directrice d’Action dignité Saint-Léonard est limpide : le plan d’action n’est que poudre aux yeux.

« Ça fait 10 ans qu’on est sur le dossier et ça fait 10 ans que c’est de la merde au Domaine Renaissance. Le locateur ne fait rien. Là, on est presque en train de cautionner un mauvais propriétaire. »

Selon elle, le plan d’action sous-entend que ce sont les locataires eux-mêmes, et non pas le propriétaire, qui sont à blâmer pour les infestations récurrentes.

Elle rappelle qu’en 2010, la Direction de la santé publique (DSP) a évalué l’état de santé de 59 ménages du Domaine Renaissance, en lien avec l’insalubrité. La DSP avait alors conclu que les problèmes d’infiltrations d’eau, de moisissures ou de coquerelles ont contribué à l’apparition ou à l’aggravation de problèmes de santé respiratoire dans près de 40 % des logements visités.

« La Ville doit agir. Elle doit envoyer ses inspecteurs, appliquer ses règlements et donner des amendes. Quand on parle d’insalubrité, ce n’est pas juste les punaises. »

Le groupe Mach affirme investir en moyenne près de 60 000$ par année pour exterminer la vermine. De plus, il soutient qu’il ne loue jamais un logement insalubre ou infesté à un nouveau locataire.

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