Le temps
Toute notre vie est mesurée par le temps. Notre espace de vie est comptabilisé en années, mois, semaines, jours et secondes…. Nous sommes nés telle année et la longueur de notre vie est aléatoire. En fait, nous baignons tous dans la conscience, même floue, du partiel moment qui nous est alloué pour vivre en ce monde que nous expérimentons chaque jour! Ainsi, nos éducateurs – parents, enseignants – nous ont inculqué très tôt la notion de la réussite de notre vie. Au XXe siècle, pour réussir, il fallait passer par la voie de l’étude ou encore se soumettre aux modèles sociaux de l’époque. En ce début du XXIe siècle, même si l’ambiance sociale s’est considérablement transformée, la notion de réussite de sa vie est maintenant omniprésente. Mais de manière subreptice et multiple!
En effet, par les divers moyens de communication, on vante les succès sportifs, artistiques, économiques et autres de tel et tel quidam auquel on nous propose insidieusement de ressembler à la condition de nous impliquer et de nous dépasser pour atteindre la performance attendue par tel promoteur! Le culte du vedettariat devient le signe privilégié de la réussite. Et si nous ne pensons ne pas pouvoir performer, nous opterons pour l’admiration d’une vedette de notre choix. Nous devenons alors son fan! Brillons comme fan puisqu’il nous est impensable de rayonner comme star, nous disons-nous d’emblée et comme allant de soi. Et il y a des légions de fans dans toutes les sphères de la société! Cependant, nous demeurons encore dans la sphère du vedettariat tant prôné actuellement. On dirait que pour réussir il nous faille devenir super performant ou admirer Untel qui performe sous nos yeux!
Mais si nous n’étincelons pas dans notre sphère durant notre parcours de vie, pouvons-nous dès lors affirmer que nous avons raté notre vie, que nous avons perdu le temps qui nous était alloué? Pouvons-nous simplement penser que nous pourrions mesurer la réussite d’une vie, de notre vie sur des critères moins spectaculaires mais plus intimistes, voire plus réalistes et plus conviviaux? Pour ma part, depuis quelque temps, je me réjouis toujours d’entendre des vedettes de tout acabit, qui ont performé en maintes sphères de la société, affirmer sans ambages que la joie de leur famille et de leur amour prédominent leur succès. Ils affirment tous que ne pas avoir pu consacrer plus de temps aux leurs est leur plus grande peine! J’ose penser qu’il en est ainsi pour chacun dans tous les domaines où la société demande de performer.
Cependant, ne pensez pas que j’entretiens le culte du porteur d’eau né pour un p’tit pain en m’appuyant sur la famille comme base de réussite de sa vie. Comme nous vivons dans une culture de la performance, il me semble bien simplement être réaliste en posant la famille comme critère de base pour mesurer notre réussite. Une parenthèse s’impose ici où parfois le divorce vaut mieux que toute souffrance qui entrave l’épanouissement des membres de cette famille particulière.
Réussir sa vie devient donc possible. Sans s’oublier soi-même, il suffit d’organiser son agenda en priorisant du temps avec les nôtres. Les rendre heureux par de petites attentions qui requièrent quelques minutes. Perdre du temps à nous taquiner! Sauver du temps à l’un de nous en le conduisant à un rendez-vous important. Savoir fêter le temps en soulignant les anniversaires. Se réjouir de mille façons à la naissance d’un bébé dans la tribu. Pleurer le décès de l’un de nos membres. Et avec ces départs, oser croire malgré toutes les apparences, que ce temps-ci si beau, mais si compté, ne soit que le prélude à un espace de vie sans limites, sans commune mesure avec ce que nous connaissons maintenant!
Notre vie comme un mystère qui se vit dans un bref laps de temps sur cette planète! Notre vie réussit dans le giron de l’amour interpersonnel de notre famille! Notre vie… simplement quelques jours pour apprendre à aimer!