Un rapport met en relief l’embourgeoisement de La Petite-Patrie

Un rapport met en relief l’embourgeoisement de La Petite-Patrie
Photo: ArchivesLoyers qui augmentent, logements locatifs plus rares et population mieux nantie, La Petite-Patrie s’embourgeoise selon ce rapport.

La Petite-Patrie a connu d’importantes transformations lors de la dernière décennie et est désormais « frappé de plein fouet par la gentrification », selon un récent rapport.

Le Portrait de quartier La Petite-Patrie publié par le Regroupement des tables de concertation de La Petite-Patrie (RTCPP) trace les traits d’une situation percutante, en se basant sur diverses données, dont le Recensement de 2006 et de 2016 de Statistique Canada.

Hausse des loyers et de la valeur foncière des immeubles, de plus en plus de personnes vivant seules, mais aussi davantage de résidents avec un diplôme universitaire et des revenus plus élevés : le visage du quartier change rapidement, selon le document.

« Ce n’est pas une grande surprise pour nous, car c’est ce que nous vivons au quotidien avec les locataires, souligne Martin Blanchard, coordonnateur et responsable des dossiers politiques au Comité logement de la Petite Patrie. Ce qui saute surtout aux yeux c’est la perte du nombre de locataires au cours des ans. »

En effet, les ménages locataires sont passés de 77 % sur toute la population en 2006 à 71 % en 2016, tandis que les propriétaires composent aujourd’hui 29 % des ménages comparativement à 23 % en 2006.

Les conversions d’appartements destinés à la location ont un impact significatif, puisqu’au moins 3 287 logements locatifs ont été convertis en copropriétés entre 1991 et 2013, « avec une hausse très marquée de la cadence autour de 2005 », indique le document. Selon les données recueillies, ces transformations se traduisent par une perte de 20% du parc locatif.

Par ailleurs, les frais de logement mensuels moyens des ménages locataires de La Petite-Patrie ont aussi connu une forte augmentation, soit de 207$ en moyenne entre 2006 et 2016. Ceux-ci sont supérieurs à celle de la moyenne montréalaise, soit 189$.

Ainsi, en 2016, 6 484 ménages locataires de La Petite-Patrie consacrent 30% ou plus de leur revenu pour se loger.

« Pour nous, il y a trois phénomènes qui sont de plus en plus inquiétants dans le quartier. Premièrement, il faut contrer la progression des conversions en condos et Airbnb, ce qui demande un meilleur encadrement de la part des instances municipales. Deuxièmement, on retrouve un problème grave d’insalubrité dans les logements aux loyers plus bas, surtout en ce qui concerne les punaises de lit. Enfin, il y a une importante absence de logements sociaux dans le quartier. Il n’y a eu aucun projet de coopérative dans les dix dernières années », affirme M. Blanchard.

Il n’y pas que dans le portefeuille des locataires que la pression du marché se fait ressentir, car les personnes voulant accéder à la propriété doivent désormais débourser plus qu’auparavant. Effectivement, La Petite-Patrie a connu une forte croissance de la valeur foncière moyenne de ses logements entre 2006 et 2016 et le quartier fait partie de l’arrondissement de la Ville de Montréal qui affiche la plus forte augmentation en 2016, passant de 245 874$ à 421 907$ en moyenne.

Malgré tous ces problèmes, les jeunes professionnels sont de plus en plus présents dans le secteur. Les 20 à 44 ans composent la majeure partie de la population, et ceux-ci ont gonflé leurs rangs passant de 50 % à 53 % de tous les ménages du territoire de 2006 à 2016.

De plus, la moitié de tous les ménages du quartier qui sont constitués de personnes seules, une augmentation de 2% durant la même période.

Les citoyens du secteur sont plus riches et plus éduqués.  En 2016, 20 510 résidents de 15 ans et plus 49% détiennent un certificat, un diplôme ou un grade universitaire, comparativement à 35% en 2006.

En 2015, le revenu moyen après impôt des ménages privés de La Petite-Patrie est de 52 522$, ce qui « représente un bond considérable » par rapport à 2005 où il se situait à 36 057$.

Toutefois, la situation économique des familles monoparentales de La Petite-Patrie s’est détériorée entre 2005 et 2015. Elles gagnent en moyenne 950$ de moins annuellement que dix ans plus tôt, passant de 32 615$ à 31 665$.

Pour consulter le rapport au complet, rendez-vous à https://bit.ly/2q2I8rl