Une famille évite la déportation
Le couple Gothra-Singh a demandé asile au Canada en 2001. En Inde, son pays d’origine, la famille de Mme Reetu Gothra désapprouvait sa relation avec Shimbi Singh. Le couple était menacé.
D’ailleurs, pas question d’y retourner. «Ma famille me tuerait», affirme Mme Gothra.
Leur demande à Immigration Canada a été refusée, comme les suivantes.
Dix ans de tergiversations avec la bureaucratie canadienne plus tard, le premier avis d’expulsion est tombé le 24 novembre dernier. Or, après deux reports de leur déportation, le couple avait épuisé tous ses recours. Sa dernière date d’expulsion était le 16 janvier.
Citoyens canadiens
Le hic, ce sont les enfants, Pardeep, 8 ans, et Kamal, 11 ans. Nés ici, à Parc-Extension, ils sont citoyens canadiens.
Ils parlent tous deux très bien français, mais Kamal présente des problèmes de langage importants (dysphasie et dyspraxie). Il étudie dans une classe spécialisée de l’école La Mennais.
Selon les experts qui l’entourent et dont l’avis se retrouve dans le dossier du couple, il lui serait excessivement difficile d’apprendre à lire et à écrire une nouvelle langue, et les ressources en français n’existent pas en Inde. Kamal était au centre de l’argumentaire de l’avocat de la famille, Me Stewart Istvanffy.
De bon augure
Vers 15h30, le 15 janvier, après une audience téléphonique, le juge Shore a prononcé les mots que Mme Gothra et M. Singh attendaient: sursis de déportation. Cela signifie que la cour fédérale réentendra la cause après qu’un comité aura révisé le dossier.
Selon Me Istvanffy, c’est une excellente nouvelle. «Si les arguments que j’ai présentés ont fait pencher le juge en notre faveur cette fois, nous avons 80% de chances de gagner», évalue-t-il.
L’avocat défend aussi la cause du résident de Parc-Extension Sami Sheikh, que le Progrès a rencontré en novembre (éditions du 27 novembre et du 11 décembre). Me Istvanffy critique vertement la sévérité des règles d’immigration canadienne, plus dures qu’ailleurs dans le monde occidental.
«En France, en Angleterre, aux États-Unis, à moins d’un dossier criminel grave, on n’expulserait pas des gens aussi bien intégrés dans leur communauté, qui travaillent, et dont les enfants sont citoyens.»
Cette décision rendue, Mme Gothra et M. Singh pourront récupérer leurs permis de travail. Le jugement définitif sera connu dans six à huit mois.