Resto chic à la rescousse
«Trop d’organismes communautaires ont du mal à joindre les deux bouts. J’ai choisi de ne pas en faire partie», explique Jocelyne Clersaint, présidente-fondatrice de la Fondation des gens d’Honneur (FOGEH), qui vient en aide aux personnes d’origines multiethniques dans le besoin. Aussi elle et son mari ont-ils personnellement financé la mise sur pied du restaurant Le Giromon, dont tous les profits seront réinjectés dans la fondation.
«Souvent le communautaire est arrimé avec la pauvreté, affirme Mme Clersaint. Je ne pense pas qu’on ait besoin d’être pauvre pour œuvrer dans le communautaire. C’est pourquoi on a décidé d’ouvrir un restaurant chic.»
Le resto de cuisine d’inspiration haïtienne offre un éventail accessible de produits, du comptoir de plats à emporter le midi à la cuisine plus consistante en soirée.
Mme Clersaint explique le choix de l’emplacement du restaurant, rue Jean-Talon Est, près d’Iberville. «Il y a ici une population dense d’immigrants de toutes origines, et l’aide de la fondation n’est pas axée uniquement sur les personnes d’origine haïtienne.» Le directeur de la fondation et candidat péquiste aux dernières élections, Badiona Bazin, souhaite que la présence de commerce apporte un mieux-être dans l’arrondissement.
Double vocation
Si l’objectif premier du resto sera de financer la FOGEH, les projets risquent de ne pas voir le jour dans un futur proche. En tête de liste des projets de Mme Clersaint: construire une maison d’hébergement pour personnes âgées à faible revenu, d’origine multiethnique. Un investissement estimé de 30M$.
«Dans le domaine communautaire, il faut rester humble et réaliste, soutient la femme originaire de Port-au-Prince. D’abord, il faut se faire connaître. Le resto va nous donner du crédit.»
Au sous-sol, le restaurant est doté d’une salle de réception que la Fondation des gens d’Honneur veut multifonctionnelle. Au-delà des événements privés qui pourront y avoir lieu, la salle servira à offrir toutes sortes d’ateliers: cours de langue, de danse, de théâtre, d’informatique…
Un autre objectif éventuel du Giromon serait de préparer au marché du travail des gens dans le besoin. M. Bazin explique ce volet du projet. «Si on obtient une subvention de Services Canada, on pourrait employer des gens qui ont besoin d’être intégrés professionnellement ici, au restaurant. Par la suite, ils auraient une expérience d’emploi salarié, et ils pourraient être envoyés sur le marché du travail.»
Restaurant Le Giromon: 2528, rue Jean-Talon Est, 438 382-4800.
Soupe historique
Le directeur de la Fondation des gens d’Honneur, Badiona Bazin, souligne que la marque de commerce du restaurant Le Giromon sera un plat haïtien historique. «L’origine de la soupe au giromon remonte au début de l’esclavage. Les colons français mangeaient cette soupe au jour de l’An et les esclaves n’y avaient même pas droit. Alors, après l’indépendance d’Haïti, en 1804, les esclaves ont pris leur revanche en s’appropriant cette soupe.»