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Catalogne: les policiers coincés entre deux feux

In this Tuesday, Sept. 19, 2017 photo, Catalan Mossos d'Esquadra officers carry a protestor supporting Catalonia's independence referendum at the private postal service company Unipost in Terrassa, Spain. As Catalonia's separatists hurtle toward a conflict of unprecedented proportions with Spain over a referendum on secession, almost unbearable pressure is mounting on the very men and women who swore to uphold the law in the northeastern region. (AP Photo/Manu Fernandez) Photo: AP

BARCELONE, Espagne — Un référendum sur l’indépendance éventuelle de la Catalogne face à l’Espagne place les policiers régionaux dans une position impossible, car plusieurs se sentent coincés entre le serment qu’ils ont prêté de défendre la Constitution du pays et leur loyauté envers les dirigeants locaux qui ont juré de créer un nouvel État.

Francesc Vidal, qui sert depuis 16 ans au sein de la force nommée Mossos d’Esquadra, décrit le référendum prévu pour le 1er octobre comme une «collision entre deux trains», avec d’un côté les autorités espagnoles déterminées à empêcher la tenue d’un scrutin qu’elles jugent illégal et de l’autre les séparatistes catalans qui sont prêts à tout pour organiser le vote.

«On leur demande simplement de ne pas nous placer au milieu de tout ça, a dit à l’Associated Press M. Vidal, un leader du syndicat USPAC. Nous ne savons pas comment nous comporter. Nous recevons des ordres des deux côtés.»

Cette lutte de pouvoir est la plus grave crise constitutionnelle à frapper l’Espagne en près de 40 ans.

Le chef catalan Carles Puidgemont a promis de déclarer l’indépendance moins de 48 heures après une victoire éventuelle du «oui». Cela pousserait le pays vers des eaux inconnues et déclencherait une crise politique d’ampleur nationale.

Mais si la police intervient pour empêcher les bureaux de scrutin d’ouvrir leurs portes dans des écoles et d’autres immeubles publics, cela accordera une victoire au premier ministre espagnol Mariano Rajoy face aux séparatistes.

Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé samedi qu’il commencera à coordonner toutes les activités policières dans la région en lien avec ce votre, et notamment celles des quelque 17 000 membres des Mossos. Cela a immédiatement été rejeté par le ministre catalan de l’Intérieur, Joaquim Forn, qui a déclaré que le chef des Mossos a informé Madrid que les leaders régionaux ne céderaient pas le contrôle de la force.

«Les Mossos ne céderont pas l’exercice des pouvoirs qui leur appartiennent», a dit M. Forn dans un communiqué retransmis par la télévision publique catalane.

M. Forn a promis que les Mossos verront au déroulement du référendum. Il a déclaré au quotidien catalan El Punt-Avui: «Non seulement n’empêcherons-nous pas la tenue du référendum, nous ferons exactement l’inverse: nous faciliterons son organisation».

Les sondages révèlent que les quelque 7,5 millions de Catalans sont divisés essentiellement en parts égales entre l’indépendance et le maintien au sein de l’Espagne. Des fissures commencent maintenant à apparaître au sein des Mossos, qui ont vu le jour au début des années 1980 quand cette région du nord-est du pays a obtenu une certaine autonomie.

Les Mossos ont commencé à s’inquiéter en juillet, quand les deux leaders régionaux responsables de la force policière ont été remplacés par M. Forn et Pere Soler, deux indépendantistes inébranlables. Si certains policiers s’inquiètent de voir leurs officiers omettre de leur transmettre les directives d’un juge qui ordonnerait de bloquer le vote, un petit groupe de policiers intransigeants a promis de ne jamais interférer avec le scrutin.

Un autre chef syndical des policiers, Jordi Costa, a admis qu’il s’agit d’une situation «sans précédent», mais il a précisé que sa loyauté envers la Constitution passe avant tout.

Il y a quelques semaines à peine, les Mossos ont été salués pour leur neutralisation rapide des djihadistes qui ont attaqué à Barcelone et dans la ville voisine de Cambrils. Les mêmes policiers se sentent maintenant pris au piège par le climat politique tendu.

«Notre image sera ternie pour un camp ou pour l’autre, a dit le leader syndical David Miquel, qui est membre des Mossos depuis 25 ans. Certains de ceux qui nous voyaient comme des héros pour avoir éliminé les terroristes nous verront maintenant comme des bandits. Pour d’autres, nous serons des héros pour avoir défendu la loi.»

La semaine dernière, des milliers de manifestants se sont rassemblés à Barcelone après des perquisitions de la Garde nationale, une force policière dont la présence est nettement plus modeste en Catalogne. Deux de ses véhicules ont été vandalisés, mais M. Miquel affirme qu’il s’est écoulé plusieurs heures avant que les Mossos ne reçoivent finalement l’ordre d’intervenir pour rétablir le calme.

«Mes amis Mossos me disent qu’ils auraient pu faire plus pour aider, mais ils n’en ont pas reçu l’ordre, a-t-il dit. Quand on voit des gens démolir les voitures de patrouille de vos collègues policiers… C’est un sentiment d’impuissance, quand on veut recevoir des ordres qui ne viennent pas. Ils doivent nous donner des instructions détaillées sur comment agir. Ne laissez pas ça entre nos mains. Dites-nous quoi faire.»

Albert Donaire dirige un petit groupe de 200 ou 300 Mossos indépendantistes.

«Ma décision personnelle est de ne confisquer aucune boîte de scrutin ni de fermer un seul bureau de scrutin, a-t-il dit. Je n’ai pas peur d’aboutir en prison pour avoir défendu la liberté.»

Comme plusieurs séparatistes, M. Donaire évoque deux lois adoptées par le parlement catalan qui prévoient la tenue du référendum et tracent le chemin à suivre après une victoire du «oui». Même si la Cour constitutionnelle d’Espagne a suspendu ces lois, M. Donaire estime qu’elles sont valides puisqu’elles seraient protégées par le droit international et le droit des peuples à l’autodétermination.

Face à cette problématique, Madrid déploie en Catalogne des centaines d’agents de la Garde nationale et de la Police nationale.

«C’est une situation exceptionnelle, et nous devons nous préparer au pire. Certains Mossos pourraient ne pas répondre», a prévenu Luis Mansilla, le secrétaire général en Catalogne du syndicat SUP, qui représente la Police nationale.

Le porte-parole du syndicat de la Garde nationale, Juan Fernandez, a dit que ces agents supplémentaires devraient suffire à la tâche, si jamais les policiers catalans vacillent.

«Nous comprenons que ce n’est pas facile» pour les Mossos, a admis M. Fernandez.

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