Catalogne: «la coexistence est brisée»
MADRID — Tandis que les séparatistes catalans se démenaient vendredi pour se soustraire aux décisions des tribunaux et remplir leur promesse de déclarer l’indépendance, des géants du monde des affaires ont répliqué en annonçant leur intention de déménager ailleurs en Espagne.
Caixabank, le troisième prêteur au pays, a annoncé vendredi que son siège social quitterait Barcelone pour Valence «en raison de la situation actuelle en Catalogne». La banque a dit vouloir demeurer au sein de la zone euro et sous la supervision de la Banque centrale européenne — ce que la sécession de la Catalogne rendrait impossible.
Le référendum contesté sur l’indépendance catalane, tenu dimanche, a plongé l’Espagne dans sa plus importante crise politique depuis des décennies, le gouvernement central ayant déclaré le vote illégal, inconstitutionnel et invalide.
Le porte-parole du gouvernement espagnol a avancé vendredi que la «coexistence est brisée». Inigo Mendez de Vigo, aussi ministre des Affaires culturelles, demande au gouvernement régional catalan d’abandonner l’idée de déclarer l’indépendance afin de lancer un dialogue. Il prévient les autorités séparatistes, sur lesquelles il jette le blâme, qu’une déclaration d’indépendance «ne suffit pas» et qu’une nation indépendante dépend de reconnaissance de la communauté internationale.
Aucun pays n’a encore dit qu’il appuierait une Catalogne indépendante, et l’Union européenne a indiqué que celle-ci serait exclue du bloc et devrait cesser d’utiliser l’euro. La Catalogne devrait présenter une demande formelle pour joindre l’UE, un processus long et incertain.
Le président catalan Carles Puigdemont a franchi une étape de plus vers une déclaration d’indépendance vendredi, en déposant au Parlement régional les résultats finaux du référendum, au cours duquel le «oui» aurait récolté 90 pour cent des voix et 43 pour cent des électeurs se seraient rendus aux urnes.
Une déclaration d’indépendance?
M. Puidgemont devrait s’adresser au Parlement régional mardi afin de «discuter de la situation politique actuelle».
La Cour constitutionnelle d’Espagne a suspendu la séance prévue lundi, lors de laquelle les parlementaires devaient examiner le résultat du vote. Certains députés affirmaient que M. Puigdemont allait déclarer l’indépendance de la Catalogne au même moment.
Le haut responsable de la sécurité en Espagne, Enric Millo, a déclaré vendredi qu’il regrettait que des centaines de personnes aient été blessées, dimanche, lors de l’opération officielle visant à empêcher la tenue du référendum.
«Je ne peux que dire désolé» pour les blessures, a-t-il dit à la télévision catalane.
Il a cependant nuancé ses excuses en ajoutant que le gouvernement catalan était responsable de la situation en ayant encouragé les gens à voter malgré un ordre de la Cour constitutionnelle suspendant le référendum.
Selon les autorités catalanes, environ 900 personnes ont été traitées pour des blessures pendant le vote de dimanche.
La situation politique a créé des remous dans le secteur des affaires en Espagne. Le gouvernement espagnol a approuvé un décret facilitant la relocalisation d’entreprises catalanes souhaitant s’enregistrer à l’extérieur de la région.
Le prêteur Banco Sabadell et le géant de l’énergie Gas Natural changeront effectivement leur adresse officielle, ce qui ne devrait toutefois pas toucher les emplois ou investissements.
Les producteurs de cava Freixenet et Cordorniu, réputés pour leur vin mousseux catalan, envisagent pour leur part une relocalisation.