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Rohingya: des lauréates du Nobel au Bangladesh

A Rohingya woman breaks down after a fight erupted during food distribution by local volunteers at Kutupalong, Bangladesh, Friday, Sept. 8, 2017. The massive refugee camp in Kutupalong was set up in the early 90s to accommodate the first waves of Rohingya Muslim refugees who started escaping convulsions of violence and persecution in Myanmar. With the current influx pushing existing Rohingya refugee camps like this one to the brink, Bangladesh pledged to build at least one more. The International Organization for Migration has pleaded for $18 million in foreign aid to help feed and shelter tens of thousands now packed into makeshift settlements or stranded in a no-man's land between the two countries' borders. (AP Photo/Bernat Armangue) Photo: The Associated Press

DHAKA, Bangladesh — Trois lauréates du prix Nobel de la paix ont entamé, samedi, un voyage d’une semaine au Bangladesh afin de rencontrer des femmes rohingya ayant été torturées et violées par des soldats au Myanmar avant de fuir le pays.

Durant leur séjour, l’Iranienne Shirin Ebadi, la Yéménite Tawakkol Karman et la Nord-Irlandaise Mairead Maguire évalueront la violence subie par les femmes rohingya et la situation globale des réfugiés, a indiqué la Nobel Women’s Initiative, une plateforme créée en 2006 et regroupant six lauréates du prix Nobel de la paix.

Environ 700 000 Rohingya, qui sont des musulmans sunnites, ont quitté le Myanmar depuis le mois d’août afin d’échapper aux agressions de la majorité bouddhiste. Ils vivent maintenant dans des camps de réfugiés au Bangladesh.

Les forces birmanes ont été accusées d’avoir commis des atrocités à l’encontre de la minorité rohingya, incluant des meurtres, des viols et des incendies criminels. Les Nations unies et les États-Unis ont qualifié la répression menée par l’armée de «nettoyage ethnique».

La crise, qui aura six mois dimanche, est le pire conflit à avoir frappé l’Asie depuis la guerre du Vietnam.

Dans un courriel envoyé à l’Associated Press samedi, Mme Karman a déclaré que ses collègues et elle-même étaient «solidaires des femmes rohingya déplacées» et exigeaient que les voix de ces dernières soient entendues.

Elle a ajouté que ces femmes étaient discriminées à la fois pour leur appartenance ethnique et leur genre, ce qui signifiait qu’elles étaient non seulement touchées par le nettoyage ethnique, mais qu’elles faisaient aussi l’objet d’une grave violence sexuelle et basée sur le genre.

«Les besoins particuliers des femmes rohingya ne sont pas comblés dans les camps de réfugiés du Bangladesh, a soutenu Tawakkol Karman. Moins de 20 pour cent des femmes rohingya déplacées ayant survécu à de la violence sexuelle ont accès à des programmes de prise en charge de personnes victimes de viol.»

Selon un rapport de Human Rights Watch, les forces de sécurité du Myanmar ont agressé sexuellement des femmes et des filles avant et pendant les attaques importantes contre des villages rohingya.

Samedi, Mme Karman a affirmé que l’obligation de rendre justice relativement aux crimes contre les Rohingya devait être une priorité pour la communauté internationale.

«Le problème des réfugiés découle des crimes contre l’humanité perpétrés par l’armée et le gouvernement du Myanmar envers les Rohingya», a-t-elle écrit dans son courriel.

À la fin de l’année dernière, le Bangladesh et le Myanmar avaient signé une entente pour amorcer le rapatriement des Rohingya. Le processus, qui devait commencer le mois passé, a toutefois été reporté en raison d’un manque de préparation et d’inquiétudes sur le plan de la sécurité.

La violence a éclaté en août après qu’un groupe d’insurgés rohingya eut attaqué des postes de sécurité dans l’État de Rakhine. Par représailles, l’armée et des citoyens de confession bouddhiste ont lancé des «opérations de nettoyage» contre la minorité musulmane.

Il y a longtemps que les Rohingya sont traités comme des étrangers au Myanmar, même s’ils y vivent depuis des générations. À compter de 1982, la grande majorité d’entre eux se sont vu refuser la citoyenneté, en plus d’être privés de certains droits fondamentaux, comme la liberté de mouvement.

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