Ottawa contre le «Grand Satan» iranien
L’Iran est le «Grand Satan» du Moyen-Orient. Pour le Canada cela ne fait aucun doute. En fermant vendredi son ambassade à Téhéran, Ottawa est désormais en première ligne dans la guerre psychologique occidentale contre le régime des ayatollahs.
Aide militaire «croissante» au régime syrien, hostilité à l’égard d’Israël, activités nucléaires illicites : l’Iran est vraiment «la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiale à l’heure actuelle», a rappelé John Baird, le ministre des Affaires étrangères. Soit. Mais comment expliquer la «décision courageuse» (dixit le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou) de fermer soudainement l’ambassade canadienne? «Elle se justifie par la prédominance de l’idéologie sur la politique. La politique canadienne n’a jamais été aussi pro-israélienne depuis les années 1960. Les gouvernements précédents ont toujours essayé, tant bien que mal, de conserver un certain équilibre en matière de relations internationales.»
Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal de Kingston, connaît bien le dossier iranien. Comme tout le monde, il est surpris par la décision d’Ottawa. «Le ministre Baird a peut-être des informations selon lesquelles il existe un vrai danger pour les diplomates canadiens en Iran (…)», ajoute, dans un échange de courriels, le chercheur d’origine iranienne. Si les réponses conjoncturelles sont multiples, celles sur l’efficacité des sanctions économiques le sont tout autant. Font-elles vraiment mal? «Oui, et avec beaucoup de force», répond sans hésiter Houchang Hassan-Yari.
Le rial, la monnaie iranienne, a été dévalué de moitié cette année. Les prix des biens de consommation sont passés du simple au double. La grande majorité des 76 millions d’Iraniens se serre la ceinture. Le robinet pétrolier coule difficilement. La Chine achète l’or noir de Téhéran, mais à bas prix. L’Inde paie… en roupies. Les réserves monétaires, estimées à 100 G$, ne dureront plus longtemps…
Alors, est-ce bientôt la fin du régime islamiste? Non. Les élites cléricales et militaires se portent bien. En attendant, mieux vaut des sanctions qu’une guerre. Mais voilà, l’Irak de Saddam Hussein, boycotté pendant des années par l’Occident, a encaissé le coup… avant d’être envahi.
Le scénario en Iran ne sera pas le même et s’il devait y avoir une «opération chirurgicale» israélienne pour en finir avec les activités nucléaires de Téhéran, Ottawa pourrait toujours claironner avoir pris les devants en fermant sa chancellerie.