Vote massif en faveur de l'avortement en Irlande
DUBLIN — Les résultats officiels du référendum en Irlande démontrent que les électeurs ont appuyé massivement l’idée d’abroger l’interdiction de l’avortement dans leur constitution, ce qui permettra au Parlement d’adopter une loi en ce sens.
Les représentants électoraux ont annoncé samedi que plus de 1,4 million d’électeurs s’étaient prononcé en faveur, contre 724 000 autres qui s’y sont opposés. Ce sont donc 66 pour cent des électeurs ont voulu mettre fin à l’interdiction.
Il s’agit d’une victoire historique dans ce pays catholique. L’ampleur de la victoire du «oui» en a d’ailleurs surpris plusieurs.
Le premier ministre Leo Varadkar a déclaré sur Twitter samedi qu’une «révolution tranquille avait eu lieu» dans son pays. M. Varadkar s’était prononcé en faveur du «oui».
Les électeurs de toute l’Irlande participaient vendredi à un référendum visant à abroger le huitième amendement de la constitution qui protège de manière égale le droit à la vie de la mère et celui du fœtus, dès la conception.
Orla O’Connor, co-directrice du regroupement «Ensemble pour le Oui», a qualifié cette journée de «monumentale» pour la cause des femmes. Pour elle, c’est un signe que les femmes prennent finalement la place qui leur revient dans la société irlandaise.
Dans l’autre camp, un regroupement anti-avortement a qualifié le résultat de «tragédie d’ampleur historique».
Malgré tout, le porte-parole du mouvement «Sauvons le 8e», John McGuirk, a déclaré en entrevue à la télévision samedi matin que si bien des citoyens ne reconnaissent pas le pays dans lequel ils vont se réveiller, il faut accepter le résultat.
«Vous pouvez continuer de croire que cette décision est mauvaise, c’est mon cas et je l’accepte. Je ne crois pas que vous trouverez bien des gens de notre camp qui n’accepteront pas le résultat», a-t-il commenté.
Selon Orla O’Connor, ce résultat démontre rien de moins qu’«un rejet d’une Irlande qui traite les femmes comme des citoyens de deuxième classe». Elle ajoute qu’il s’agit d’abord d’une question d’égalité et que cette décision va entraîner de grands changements.
«Nous ne reviendrons jamais en arrière», a-t-elle martelé.
Les sondages suggèrent un changement continu d’attitude en Irlande, un pays traditionnellement catholique qui en a surpris plusieurs en votant en faveur du mariage homosexuel en 2015. Les deux camps conviennent généralement que la campagne frénétique avant le vote de vendredi n’a pas produit le changement dramatique de l’opinion publique que les militants antiavortement espéraient.
Le scrutin de vendredi représentait le quatrième vote en autant de décennies pour les électeurs irlandais sur la question de l’avortement.
Mais cette fois le débat a été brouillé par deux facteurs auxquels les électeurs n’ont jamais été confrontés: le pouvoir extraordinaire des médias sociaux et la disponibilité accrue sur le Web de nouveaux médicaments qui permettent aux femmes de prendre des décisions graves concernant la fin de leur grossesse, chez elles.
Facebook et Google ont tous deux pris des mesures pour restreindre ou supprimer les publicités relatives au référendum dans le but de répondre aux préoccupations mondiales concernant l’influence des médias sociaux lors des campagnes politiques, de la présidentielle américaine au Brexit.
La question de l’avortement été réexaminée à plusieurs reprises après des «cas difficiles» et déchirants qui, selon les militants des droits à l’avortement, exposaient les femmes vulnérables à des choix impossibles — et même, parfois, à la mort.
Actuellement, l’avortement n’est légal en Irlande que dans de rares cas où la vie de la femme est en danger, et plusieurs milliers de femmes irlandaises voyagent chaque année pour mettre fin à des grossesses au Royaume-Uni voisin. Ce nombre a considérablement diminué au cours des dernières années, les femmes se tournant vers des sites Web pour importer illégalement des médicaments qui mettent fin aux grossesses.