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Accord sur les migrations en Europe: «Beaucoup trop tôt pour parler d’un succès»

Accord sur les migrations en Europe: «Beaucoup trop tôt pour parler d’un succès»
Photo: THE ASSOCIATED PRESSEuropean Union Council President Donald Tusk speaks to media reporters as he arrives for the EU summit in Brussels, Thursday, Oct. 20, 2016. The president of the European Union still hopes that a free trade between the bloc and Canada can be signed at a summit this week despite Belgium's refusal so far to sign on.Donald Tusk told EU legislators early Wednesday that "the summit tomorrow is still possible." THE CANADIAN PRESS/AP, Alastair Grant

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a estimé vendredi qu’il était «beaucoup trop tôt» pour qualifier de succès l’accord sur la question migratoire arraché vendredi par les 28 de l’UE.

«Il est beaucoup trop tôt pour parler d’un succès. Nous avons réussi à obtenir un accord (au sommet) mais c’est en fait la partie la plus facile de la tâche qui nous attend sur le terrain, quand nous commencerons à le mettre en œuvre», a admis M. Tusk à l’issue d’un sommet européen de deux jours dominé par les tensions sur les défis migratoires.

«En outre, nous avons un message clair à tous les bateaux, y compris ceux des ONG, opérant en Méditerranée: ils doivent respecter la loi et ne pas entraver les opérations des garde-côtes libyens», a affirmé M. Tusk.

Les dirigeants des pays de l’UE sont parvenus vendredi au petit matin à s’entendre sur un accord, salué par l’Italie qui avait menacé de faire capoter leur sommet à Bruxelles si on ne lui manifestait pas plus de solidarité face aux arrivées de migrants.

Ce texte prévoit notamment des «plateformes de débarquement» de migrants secourus en mer hors d’Europe, des «centres contrôlés» sur le territoire de l’UE et un renforcement des frontières extérieures, mais les détails de la mise en œuvre de ces solutions restent flous.

Il préconise aussi de renforcer le soutien aux garde-côtes libyens et appelle «tous les navires qui opèrent dans la Méditerranée» à «respecter les lois applicables et ne pas faire obstacle aux opérations des garde-côtes libyens».

Réactions à l’accord conclu entre les 28 de l’UE

L’Italie et les pays d’Europe centrale se sont réjouis vendredi du compromis conclu sur les migrations lors du sommet européen à Bruxelles, un accord critiqué par l’ONG MSF, qui dénonce «un blocage des personnes aux portes de l’Europe».

«Pour la première fois, on a un accord pour des centres de réfugiés hors de l’UE. C’est un grand pas. C’est seulement si nous nous assurons que les gens n’arrivent pas en Europe que nous mettrons fin au modèle des passeurs et que nous allons réduire massivement le nombre de réfugiés qui viennent en Europe. Ce qui est important, c’est une mise en œuvre rapide», indique le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays prendra la présidence tournante de l’UE le 1er juillet. «Il y a déjà de bonne coopération avec l’Égypte et la Libye (…) Cette coopération avec l’Égypte et la Libye, avec d’autres, nous devons l’intensifier», a ajouté le dirigeant conservateur, qui gouverne avec l’extrême droite.

Le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini s’est aussi dit «satisfait et fier pour les résultats du gouvernement à Bruxelles». «Finalement l’Europe a été obligée d’accepter la discussion sur une proposition italienne. Par rapport au néant des gouvernements Letta, Renzi et Gentiloni, nos nombreuses requêtes ont été acceptées. L’Italie est sortie de son isolement et joue à nouveau un rôle», a déclaré sur une radio Matteo Salvini, qui est aussi vice-Premier ministre et chef de file la Ligue (extrême droite). Accusant les ONG d’aider les passeurs, «consciemment ou pas», il a annoncé que les ports italiens leur «seraient fermés tout l’été», y compris pour leur ravitaillement en carburant.

«La France n’ouvrira pas de centres» d’accueil pour les migrants qui débarquent en Europe car elle «n’est pas un pays de première arrivée», a déclaré vendredi le président français Emmanuel Macron. Dans la nuit, il avait jugé que l’accord des 28 était «d’abord le fruit d’un travail commun». «C’est la coopération européenne qui l’a emporté sur le choix d’un non accord ou de décisions nationales qui n’auraient été ni efficaces ni durables». «La solidarité que nous devons aux pays de première entrée a été actée lors de ce sommet», s’était-il félicité.

«Après plus de deux années de discussions difficiles, de controverses et de pressions, toute l’UE à 28 a adopté à l’unanimité la position de la Pologne et du V4 (groupe de Visegrad — Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie). Un «non» pour la répartition obligatoire et l’unanimité exigée pour réformer Dublin», a déclaré le Premier ministre Mateusz Morawiecki sur Twitter.

«Les quotas ont été un sujet pendant quatre ans, mais maintenant tout le monde en a abandonné l’idée. Cela a été un gros combat à mener, le V4 s’est montré uni et nous sommes parvenus à notre but. C’est un grand succès», a déclaré après le sommet le Premier ministre Andrej Babis.

«Au sujet des quotas volontaires, je serai très prudent. J’ai proposé à mon homologue autrichien et les pays proches (nos) capacités d’accueil de 1 200 personnes, mais seulement s’ils n’étaient pas en mesure de gérer la crise. Ce serait un placement temporaire en Slovaquie. C’est tout ce que nous sommes prêts à faire pour le moment, aucun migrant ne viendra en Slovaquie sans l’accord du gouvernement», a déclaré le Premier ministre slovaque Peter Pellegrini, cité par l’agence TASR, aux journalistes à Bruxelles.

«Il est beaucoup trop tôt pour parler d’un succès. Nous avons réussi à obtenir un accord (au sommet) mais c’est en fait la partie la plus facile de la tâche comparé à ce qui nous attend sur le terrain, quand nous commencerons à le mettre en œuvre», a admis le président du Conseil européen, Donald Tusk. «En outre, nous avons un message clair à tous les bateaux, y compris ceux des ONG, opérant en Méditerranée: ils doivent respecter la loi et ne pas entraver les opérations des garde-côtes libyens», a affirmé M. Tusk.

Le premier ministre suédois, Stefan Löfven a déploré que «certains pays ne veulent même pas avoir de politique d’asile commune avec une responsabilité partagée». «Il est évident que nous avons un nouveau paysage politique en Europe. De plus en plus de forces réactionnaires gagnent du terrain. Ils croient plus en l’isolement qu’en la coopération et croient qu’il y a des solutions très simples à des problèmes complexes», a-t-il dit à la presse à la fin du sommet, rapporte l’agence de presse suédoise TT.

«Les seuls composantes sur lesquelles les États européens semblent s’être mis d’accord sont, d’une part, le blocage des personnes aux portes de l’Europe, quelle que soit leur vulnérabilité et les horreurs qu’ils fuient, et d’autre part, la diabolisation des opérations non gouvernementales de recherche et de sauvetage», a déclaré à l’AFP la responsable des urgences pour Médecins sans Frontières (MSF), Karline Kleijer. «Sans sourciller, ils ont formalisé (…) l’utilisation des garde-côtes libyens pour intercepter les gens et les renvoyer en Libye, tout en sachant que cela revenait à les condamner à la détention arbitraire et aux abus de toutes sortes», a-t-elle ajouté.

L’homme fort de l’est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, a mis en garde vendredi contre toute «présence militaire étrangère» dans le sud de la Libye «sous prétexte de lutte contre l’immigration clandestine».