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09:40 4 avril 2020 | mise à jour le: 4 avril 2020 à 11:05 temps de lecture: 7 minutes

Coronavirus: plus de 60 000 morts, débat planétaire sur le port du masque

Coronavirus: plus de 60 000 morts, débat planétaire sur le port du masque
Photo: Stephanie Keith/Getty ImagesÀ New York, un camion réfrigéré sert de morgue.

En recommandant le port du masque, les autorités américaines ont relancé le débat planétaire sur son efficacité pour lutter contre la propagation éclair de la COVID-19, dont le bilan s’établit à plus de 60 000 morts depuis son apparition en décembre en Chine.

Selon le respecté spécialiste américain Anthony Fauci, conseiller du président Donald Trump et membre de la cellule de crise de la Maison-Blanche, il ne fait plus de doute que le nouveau coronavirus est transmis par voie aérienne quand «les gens ne font que parler, plutôt que seulement lorsqu’ils éternuent ou toussent».

En conséquence, le président américain a appelé vendredi ses concitoyens à se couvrir le visage à l’extérieur, même s’il a rappelé qu’il ne s’agissait «que de recommandations» que lui-même ne suivrait pas.

L’hypothèse «aérosol»

Depuis le début de l’épidémie, cette hypothèse selon laquelle le coronavirus pourrait se transmettre via l’air expiré (les «aérosols» dans le jargon scientifique) fait l’objet de nombreuses spéculations et n’est pas encore scientifiquement prouvée.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’est jusqu’à présent montrée prudente sur le sujet, craignant que l’usage généralisé du masque donne un «faux sentiment de sécurité» et fasse oublier les indispensables mesures-barrières (distanciation sociale, lavage des mains…). De nombreux gouvernements répètent que les masques doivent être uniquement utilisés par les soignants, les malades et leur entourage proche, en disant s’appuyer sur des données scientifiques.

Pour les promoteurs du port généralisé du masque, ce discours était avant tout destiné à éviter que le grand public se rue sur ceux réservés aux soignants (les masques chirurgicaux et les FFP2, plus protecteurs) et aggrave une pénurie déjà existante.

Dans les faits, il apparait que les personnes infectées mais sans symptômes représentent peut-être le quart de tous les contaminés, et sont responsables d’une grande partie des contagions, à leur insu. Et vu d’Asie, où les masques chirurgicaux sont omniprésents, le retard des pays occidentaux, ouvertement pointés du doigt, est une aberration.

Les dernières déclarations américaines ne devraient pas manquer également de relancer la course planétaire à l’achat des précieux masques chirurgicaux, que certains pays confrontés à la pénurie s’arrachent désormais. Pays occidentaux, États-Unis en tête contre les pays européens, jouent ouvertement des coudes pour s’approvisionner en Chine, suscitant d’inattendues crispations diplomatiques entre alliés.

La France, qui a infléchi ces derniers jours sa position en «encourageant le grand public» à porter des masques, a annoncé en avoir commandé près de deux milliards auprès de fournisseurs chinois, tout en renforçant sa capacité de production nationale.

Extrême contagiosité

Ce mode de transmission «aérosol» expliquerait l’extrême contagiosité apparente du virus, avec un nombre de cas de contamination de plus de 1 130 204 dans 190 pays et territoires au total, pour plus de 60 000 morts, selon un dernier bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles samedi à 9h30.

Au total, 60 457 décès ont été recensés, dont 44 132 en Europe, continent le plus touché. Avec 14 681 morts, l’Italie est le pays au monde comptant le plus de décès, suivi de l’Espagne (11 744), des États-Unis (7159), de la France (6507) et du Royaume-Uni (4313). Depuis le début de la pandémie de COVID-19, 1 130 204 cas ont été officiellement déclarés dans le monde, dont plus de la moitié en Europe (610 846) et 115 777 en Asie (4124 décès).

Ce nombre de cas diagnostiqués ne reflète toutefois qu’une fraction du nombre réel de contaminations, un grand nombre de pays ne testant désormais plus que les cas nécessitant une prise en charge hospitalière. Parmi ces cas, au moins 211 600 sont aujourd’hui considérés comme guéris.

La moitié de l’humanité est désormais soumise à des mesures de confinement. La Thaïlande est la dernière nation en date à avoir rejoint ce groupe vendredi.

Avec près de 1480 morts ces dernières 24 heures, bilan quotidien le plus élevé jamais enregistré dans un seul pays, et 278 458 contaminations, les États-Unis se retrouvent aujourd’hui sur la ligne de front face à la pandémie.

La maladie COVID-19 y a déjà tué environ 7159 personnes et devrait y faire entre 100 000 et 240 000 morts, selon la Maison-Blanche, alors que les Américains bâtissent des hôpitaux de campagne de Los Angeles à Miami, avec des milliers de lits supplémentaires de réanimation et un gigantesque navire-hopital à quai à New York.

L’Espagne a enregistré en 24 heures la mort de 809 personnes, un chiffre en baisse pour le deuxième jour consécutif après le record de 950 jeudi, selon le bilan diffusé samedi par les autorités, qui ont annoncé par ailleurs une prolongation du confinement de deux semaines, jusqu’au 25 avril.

À Madrid, dans un parc des expositions converti en hôpital, les soignants interrompent parfois leur difficile travail pour applaudir les patients guéris. Ainsi d’Eduardo Lopez, 59 ans, qui respire désormais à plein poumons, et donne la note de «10/10» à tous ceux qui l’ont soigné «avec tendresse et une énorme dose d’humanité».

Ces baisses –très relatives– du nombre de décès ou de contaminations laissent entrevoir un vague espoir sur un ralentissement de la propagation du virus après maintenant des semaines de confinement quasi-généralisé auquel ont dû se résoudre les pays les plus touchés.

Pour autant, les mesures de restrictions doivent être maintenues, ont souligné les autorités sanitaires des pays concernés à la veille des fêtes et vacances de Pâques, principale fête chrétienne de l’année.

Au Royaume-Uni, où le gouvernement a été critiqué pour sa gestion de la crise, un nouveau triste record de 708 décès en 24 heures a été enregistré vendredi, et la reine Elisabeth II doit prononcer dimanche une rarissime allocution.

Deuil chinois

Samedi, la Chine commémorait les 3326 «martyrs» qui ont officiellement trouvé la mort durant l’épidémie, apparue en décembre dernier à Wuhan, ville de 11 millions d’habitants qui a enregistré l’essentiel des décès. À 10h00 locales, les sirènes ont résonné pendant trois minutes partout dans le pays le plus peuplé du monde.

«Je ressens beaucoup de tristesse pour nos collègues et patients qui sont morts», a déclaré une infirmière à Wuhan, en tentant de retenir ses larmes. «J’espère qu’ils reposent en paix là-haut».

La journée de recueillement de samedi coïncide avec la fête de Qingming, la «Toussaint chinoise», où plusieurs millions de personnes vont généralement entretenir les tombes de leurs proches décédés. Les autorités, qui craignent une deuxième vague épidémique, veulent éviter les mouvements de foule trop importants et ont encouragé la population à se recueillir à domicile.

La maladie est désormais jugulée dans le pays, avec uniquement quelques nouveaux cas annoncés chaque jour, la quasi-totalité du fait de personnes venant de l’étranger. La quarantaine drastique a commencé à être levée, mais les doutes persistent sur un bilan humain peut-être beaucoup plus élevé, et le parti communiste au pouvoir fait face à des accusations de mauvaise gestion au début de l’épidémie, qui aurait rendu possible sa propagation à toute la planète.


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