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Les chemins de Damas

Il y a eu Hama en 1982, avec ses dizaines de milliers de morts en quelques semaines. Il y a Homs aujourd’hui, avec son bain de sang quotidien. Le tiers au moins des 7 000 Syriens décédés depuis mars sont tombés dans cette ville du centre de la Syrie. Bachar el-Assad a vraiment chaussé les bottes de cuir de son père Hafez… 

Si Homs devait plier l’échine, ce serait la fin du Printemps syrien. Alors que faire? Plusieurs scénarios sont possibles :

  • Armer l’opposition (les déserteurs de l’Armée syrienne libre). Les risques d’une guerre civile seraient encore plus grands, car une partie non négligeable, dit-on, des 23 millions de Syriens (minorités religieuses et ethniques notamment) fait front avec Assad.
  • Intervenir militairement comme en Libye. Si le monde arabe possède au moins 35 % du pétrole mondial, la Syrie, elle, a très peu d’or noir. De plus, les États-Unis, en pleine année électorale, vont éviter toute aventure extérieure.
  • Accroître les sanctions économiques. De telles mesures font rarement tomber les dictatures. Qui plus est, la Syrie est un pays autosuffisant sur les plans énergétique et alimentaire.
  • Augmenter les pressions de l’ONU. Impossible tant que Moscou et Beijing opposent leur veto au Conseil de sécurité. Ils l’ont encore fait le 4 février. Tous les Printemps arabes, quels qu’ils soient, les laissent froids.
  • Instaurer des «corridors humanitaires» le long des frontières du Liban et de la Turquie pour évacuer les civils pris en étau. Comment le faire sans l’aval de Damas?

Deux autres solutions ne doivent pas être écartées :

  • L’armée (400 000 hommes) déserte totalement Assad. Après tout, son père Hafez a accédé au trône présidentiel par un coup d’État en 1970.
  • Assad accepte un véritable dialogue avec l’opposition. Mais celle-ci est trop divisée, et c’est sans doute déjà «trop peu, trop tard».

Alors que faire pour endiguer le «bain de sang atroce» (Obama, jeudi le 9 février)? Bachar el-Assad sait très bien que la «communauté internationale» ne peut rien contre lui. Pas question donc de «partir dans l’honneur». Si elle sourcille devant la cinquantaine de morts au quotidien, il se dit qu’elle finira bien par fermer les yeux, car elle n’a aucune carte maîtresse contre lui.

Si malgré tout, il devait y avoir un changement de régime à Damas, la Russie perdrait son plus grand allié arabe. Le Hezbollah libanais n’aurait plus que l’Iran comme principal soutien. Israël craindrait comme la peste l’arrivée d’islamistes sur son flanc nord.

Bref, les chemins de Damas risquent de déboucher sur des culs-de-sac explosifs.

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