Harper, le «cher ami» d'Israël
Qu’ont en commun le Canada, Palau (460 km2), les îles Marshall (181 km2) et Nauru (21,3 km2)? À l’instar des États-Unis, ils se rangent d’office derrière Israël chaque fois qu’un vote à l’ONU condamne l’État hébreu. Pourquoi? «Israël est le seul pays au monde dont l’existence même est menacée», a déjà répondu Stephen Harper.
Pour Sami Aoun, professeur de science politique à l’Université de Sherbrooke et spécialiste du Proche-Orient, la cause est entendue: «Le gouvernement conservateur est convaincu qu’Israël est un État victime, entouré par des populations belliqueuses, et a décidé de s’aligner dogmatiquement sur la politique américaine», explique-t-il dans une entrevue téléphonique.
Fini donc, l’approche traditionnelle canadienne de «courtier honnête» dans l’éternel conflit israélo-palestinien. Les libéraux étaient certes pro-israéliens – «les valeurs d’Israël sont celles du Canada», rappelait encore Paul Martin en 2005 –, mais ils ne l’étaient pas aveuglément. La majorité des Canadiens juifs ne le demandent d’ailleurs pas.
Les choses sont simples aux yeux de Harper : critiquer Israël, c’est verser dans l’antisémitisme. Il reprend à son compte le discours des évangélistes de l’Ouest canadien, qui croient que la création de l’État d’Israël en 1948 est en accord avec les prophéties bibliques. Les «sionistes chrétiens» ne sont pas tous Américains.
Trop facile donc de résumer la politique de Harper à la seule influence d’un «lobby juif». On l’imagine d’ailleurs mal traiter son homologue israélien Benyamin Netanyahou de «menteur», comme l’a dit à huis clos le président français Nicolas Sarkozy au président américain Barack Obama, lors du G20 de Cannes.
Au lendemain de l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO, Israël a annoncé son intention de construire 2 000 logements à Jérusalem-Est. Ottawa a voté contre l’entrée palestinienne dans l’organisation onusienne et n’a aucunement condamné les futures constructions.
Netanyahou ne peut avoir de meilleur allié que Harper. Il loue à chaque occasion les qualités d’homme d’État de son «cher ami». Jeudi dernier, Ottawa a encore voté contre une série de résolutions onusiennes condamnant la politique palestinienne de Netanyahou.
Défendre bec et ongles Israël est un choix comme un autre, mais un proverbe hébreu ne dit-il pas que dans l’amitié, il faut savoir se ménager «une petite place pour la brouille»?
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.