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Quand un attentat défraie l’actualité…

Photo: Métro

Vite. Toujours plus vite. Encore plus vite. Certains médias ont une soudaine poussée d’urticaire quand un attentat d’effraie l’actualité. Ils veulent tous être les premiers à annoncer le nombre de victimes et l’identité du ou des terroristes.

Le New York Post n’a pas fait dans la dentelle à la suite des événements tragiques au marathon de Boston lundi dernier. Moins d’une heure après l’explosion des deux bombes qui ont fait trois morts, le tabloïd à sensation a annoncé sur son site le décès de 12 personnes. Ce fut sa manchette pendant une vingtaine d’heures. Ce n’est que le lendemain, sur le coup de midi, que le quotidien du magnat australo-américain Rupert Murdoch rectifia le tir sans même reconnaître son erreur.

Le même jour, le Post commit une autre bourde en annonçant l’arrestation d’un «suspect saoudien». Le lendemain, mercredi, un étudiant marocain se retrouva à la une du journal : il était recherché par le FBI. L’adolescent de 17 ans s’empressa d’aller voir la police pour prouver qu’il était aussi innocent qu’un agneau.

À croire que toute personne ayant la peau mate est un criminel en puissance.

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Deux autres médias appartenant à Murdoch, le Wall Street Journal et Fox News ont également erré dans leur couverture. Le quotidien financier a ajouté trois bombes aux deux qui ont explosé, et la chaîne la plus conservatrice des stations télévisées a annoncé deux jours après l’attentat l’arrestation d’un suspect. CNN et l’Associated Press firent le même faux pas.

Comment expliquer que certains médias, même les plus «sérieux», n’ont pas su «exercer leur retenue», comme le demandait le FBI? Il y a bien sûr la chasse au scoop, mais aussi l’impatience de l’opinion publique. Elle a besoin d’être rassurée par n’importe quelle vérité. Le conditionnel n’est plus de mise. Il faut affirmer sans ambages. Quitte à s’excuser par la suite.

Il y a aussi les réseaux sociaux. Eux aussi veulent être les premiers au fil d’arrivée. À Boston, les internautes sont vite devenus des justiciers. Ils ont plongé dans l’enquête policière en diffusant des photos d’individus «suspects» n’ayant rien à voir avec l’attentat. Les moindres mouvements de la police se retrouvèrent sur Twitter. Même les échanges radio des forces de l’ordre furent diffusés en direct.

C’est le Far West. À l’instar des médias classiques, les réseaux sociaux ont horreur du vide. La liberté avec les faits est sans limite.

Dans tous les cas, c’est le chaos. À chaque crise, la mise en scène de l’information rivalise avec les grands films catastrophes d’Hollywood.

Parfois, il vaut mieux sortir du village médiatique et de ses bruits discordants. Autant dire vivre sur une autre planète.

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