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Il s’échappe d’un camp de travail nord-coréen

Photo: Chip Somodevilla/Getty Images
Szonja Krezinger - Metro World News à Budapest, Hongrie

Shin Dong-hyuk est né dans le camp de travail nord-coréen 14 et il en est le seul rescapé. Il a réussi à se rendre jusqu’en Corée du Sud avec l’aide d’un journaliste. Il souffre d’un syndrome de stress post-traumatique à cause de l’expérience cruelle qu’il a vécue, qui inclut la torture et l’exécution de sa mère et de son frère après qu’ils ont tenté de s’échapper. Aujourd’hui, il milite avidement en faveur du respect des droits de l’homme en Corée du Nord. Métro à Budapest a rencontré l’homme de 30 ans lors de sa visite en Hongrie.

Vous avez vécu avec votre mère jusqu’à l’âge de 12 ans. Comment vous expliquait-elle le camp?
Même si elle était ma «mère», nous n’avions pas une relation parent-enfant comme les gens en Occident. Elle ne m’a jamais parlé de la prison, et il ne m’est jamais venu à l’esprit de lui demander quel était cet endroit. C’était ma relation avec elle, et même si je l’appelais «Mère», elle était simplement une camarade de camp de prisonniers politiques comme moi.

Comment s’est passée votre enfance dans le camp? Est-ce qu’on vous éduquait?
Tous les prisonniers, tant les enfants que les adultes, devaient travailler. J’ai travaillé dans une mine de charbon, dans les champs et dans l’usine à l’intérieur du camp de prisonniers. J’ai vécu avec mon père pendant quelques temps également. Les enfants apprenaient un peu l’arithmétique, à lire et à écrire, mais rien au-delà de ça. On nous apprenait les règles et les lois du camp de prison.

Combien d’enfants naissent dans le camp? Qu’arrive-t-il à un enfant qui nait dans ce genre de camp?
Je ne connais pas leur nombre exact. S’ils n’essaient pas de s’échapper, ils ne seront pas relâchés – ça n’arrive jamais. Ils grandissent tous dans le camp et y meurent. Il n’y a pas de réels soins médicaux pour les prisonniers du camp…

Quand avez-vous pris connaissance de la vie à l’extérieur et de ses possibilités ?
J’ai entendu parler du monde extérieur auprès d’un nouveau prisonnier. Il a commencé à me parler des choses qu’il faisait et du style de vie qu’il menait. Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était quand il me parlait de tous les types de nourriture qui étaient disponibles hors du camp.

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Qu’est-ce qui était le plus étrange pour vous dans le monde libre?
Le fait que les gens ne portaient pas des vêtements de camp, qu’ils pouvaient rire librement et qu’ils n’avaient pas à s’incliner devant la police ou d’autres personnes en uniforme.

À quelle fréquence vous remémorez-vous cette époque?
J’y pense à tous les jours. Une fois réinstallé en Corée du Sud, à cause du syndrome de stress post-traumatique dont je souffre, je devais faire face à des cauchemars et j’ai donc cherché de l’aide psychiatrique dans un hôpital pendant quelques mois.

Comment êtes-vous devenu un militant?
Il n’y a pas de date exacte. Des gens et des groupes ont commencé à m’inviter à parler de mon expérience. Je suppose que c’est comme ça que je suis devenu un militant pour les droits de l’homme et pour le problème des camps de travail en Corée du Nord.

Que pensez-vous du régime nord-coréen et de son chef, Kim Jong-un? Avez-vous de l’espoir pour l’avenir?
Il n’est qu’un jeune homme, plus jeune ou du même âge que moi, qui agit comme s’il réformait, mais il n’est qu’un dictateur, tout comme son père et son grand-père avant lui. Je vois de l’espoir, mais je ne sais pas quand il arrivera. Ce qui me préoccupe principalement, se sont les 200 000 prisonniers politiques dans les camps de travail à travers la Corée du Nord. Personne ne s’en soucie. Personne ne veut les aider. Mes camarades de prison, ils ont besoin d’espoir aussi.

***
En bref

  • Il est né en zone de contrôle total au Camp 14, le 19 novembre 1982, nommé Shin In Geun
  • Les parents de Shin ont commis des crimes contre le régime coréen. Il n’a jamais su ce que sa mère avait fait, mais il connaît le cas de son père. Le frère de son père a déserté l’armée pour aller en Corée du Sud pendant la guerre. Résultat : son père, le troisième fils innocent, s’est retrouvé dans un camp de travail.
  • Il a rencontré l’homme avec qui il a planifié sa fuite dans le camp. Son partenaire, Park, n’est jamais arrivé à l’extérieur, les hauts voltages de la clôture l’ont électrocuté.
  • Il a planifié sa fuite en 2005 et il vit maintenant en Corée du Sud et aux États-Unis. Son histoire a été adaptée dans un documentaire et dans un livre, devenu meilleur vendeur.
  • On peut le suivre sur Twitter au : https://twitter.com/NKSDH

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