Le Vatican et l’enfer de la pédophilie
C’est une première! Le Vatican est sommé de donner des informations détaillées aux Nations unies sur une bombe longtemps cachée : la pédophilie.
Le plus petit État du monde répondra sûrement de bonne foi à la série de questions de l’ONU, où il dispose d’un siège d’observateur permanent.
La culture du silence n’est plus de mise au Saint-Siège qui, ces dernières années, a compris qu’elle nuisait à la crédibilité de l’Église.
Plus question de protéger à tout prix les «brebis galeuses» parmi les 400 000 prêtres œuvrant dans le monde. Longtemps, les prédateurs sexuels étaient déplacés de quelques kilomètres et continuaient…
John Geoghan, par exemple, avait été muté de paroisse en paroisse par l’archevêché de Boston pendant 30 ans. Il aurait commis plus de 140 agressions sexuelles sur des enfants, considérées comme des péchés par l’Église. Condamné à 10 ans de prison en 2002, Geoghan fut retrouvé étranglé dans sa cellule, deux ans plus tard.
Au moins 1 500 prêtres américains sur 140 000 seraient tombés dans la pédocriminalité, ces 40 dernières années. Les procès intentés par les victimes ont coûté plus de 2 G$ à l’épiscopat des États-Unis. Il n’existe bien sûr pas de statistiques précises sur les prélats pédophiles.
Le cardinal espagnol Claudio Hummes a déjà évoqué 20 000 cas dans le monde depuis les années 1970.
Faut-il doubler, tripler ce chiffre pour approcher de la vérité? Au total, l’ONU estime à 200 millions le nombre d’enfants abusés sexuellement dans le monde.
Quoi qu’il en soit, l’Église reconnaît désormais comme crimes les «péchés des prêtres à l’égard des petits», pour citer Benoît XVI, soupçonné d’avoir protégé des religieux pédophiles avant de devenir pape.
Si le Vatican a encore annoncé la semaine dernière des sanctions pénales très sévères contre eux, il revient à chaque église de prendre de semblables mesures.
«Un prêtre est incardiné à un diocèse et non pas à l’État du Vatican. La structure canonique de l’Église catholique est plus décentralisée qu’on le croit», rappelle Gilles Routhier, professeur de théologie à l’Université Laval (échange de courriels).
«L’État du Vatican, puisque c’est lui qui doit en répondre à l’ONU, n’est pas justiciable, ni civilement responsable en droit. L’ONU interpelle l’État du Vatican et non l’Église catholique. D’ailleurs, il ne le pourrait pas. Il ne peut pas interpeller des organisations publiques non gouvernementales.»
Dans tous les cas, le Vatican va coopérer totalement avec l’ONU, elle aussi entachée par des scandales de pédophilie avec ses Casques bleus. Pour l’Église, le temps est venu de sortir de l’enfer de ces scandales nuisibles à son image.