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Château de cartes pour la Syrie

Rony Brauman a raison : «Les meilleures guerres sont celles qui n’ont pas lieu.» L’ancien président de Médecins sans frontières (MSF) était pourtant pour des frappes ciblées sur le régime syrien afin de sanctionner son emploi d’armes chimiques.

L’accord russo-américain de samedi n’écarte pas la question d’une intervention. Bien au contraire. Il prévoit l’adoption d’une résolution à l’ONU donnant le feu vert à des frappes comme ce fut le cas il y a deux ans en Libye.

C’est là une surprise, car la Russie s’est toujours opposée à toute éventuelle résolution prônant le recours à la force dans le dossier syrien. Moscou est-il en train de lâcher Damas?

Dans tous les cas, Brauman se montre optimiste dans son entrevue ce week-end à Médiapart, un site français d’information et d’opinion. La diplomatie marque des points et c’est tant mieux. Mais jusqu’à quand?

Alors que le régime de Bachar el-Assad a toute la semaine pour dresser une liste de ses armes chimiques, estimées à mille tonnes, le Wall Street Journal soutient ceci : Damas dissémine depuis un an son arsenal dans toute la Syrie. Vrai ou faux? Peu importe, car détruire des armes chimiques dans un pays en pleine guerre relève de l’impossible.

Non seulement cela ne s’est jamais fait, mais comment croire à la crédibilité d’un régime qui, après avoir longtemps nié avoir un tel arsenal, se dit désormais prêt à signer la convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) de 1993?

La soudaine «bonne volonté» de Bachar el-Assad relève-t-elle du simple bluff? Finira-t-il par décrocher le prix Nobel de la paix?

Toutes ces questions donnent le tournis. Pour l’instant, trois joueurs gagnent au poker menteur:

  • Moscou tire son épingle du jeu et refait un retour en force sur l’échiquier diplomatique mondial.
  • Assad gagne du temps et peut poursuivre en paix sa guerre.
  • Barack Obama évite d’être humilié par un rejet du Congrès à des frappes «punitives».

Les grands perdants? Les rebelles syriens. Livrés à eux-mêmes, ils se sentent abandonnés par l’Occident. S’ils n’avaient pas quelques éléments affiliés à Al-Qaïda, sans doute se sentiraient-ils moins seuls.

S’il a été décidé de donner sa chance à la paix, rien n’est vraiment joué. Rony Brauman a certes raison, mais Carl von Clausewitz, le théoricien militaire prussien du 19e siècle, est loin d’avoir tort : «La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.»

Toutes les officines diplomatiques et les écoles militaires de la planète savent ceci : les vœux pieux ne durent qu’un temps.

Le château de cartes diplomatique construit ces derniers jours pour la Syrie peut s’écrouler à tout moment.

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