L’union fait la force, selon Gordon Brown
Dans une époque mouvante où les aiguilles économiques du monde pointent vers des pôles de plus en plus variés, l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown conserve une certitude: celle que l’union fait la force.
«Dans le monde interdépendant dans lequel nous vivons, personne ne peut briser les liens qu’il entretient avec son voisin sans s’exposer à des conséquences énormes», a affirmé M. Brown mercredi, alors qu’il était de passage dans la métropole québecoise à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Devant un parterre de gens d’affaires et d’universitaires, M. Brown, qui fut un des principaux porte-étendards du «Non» lors de la campagne déployée par Londres pour convaincre les Écossais des bienfaits d’un royaume uni, est revenu sur le référendum du 18 septembre dernier, qui a bien failli coûter à la Couronne britannique un de ses joyaux.
«Je sens que les gens ont une soif immense de changements. Les élections [qui doivent avoir lieu le 7 mai prochain au Royaume-Uni] porteront sur cette question: qui est le plus apte à répondre à l’énorme frustration de la population?»
Un des enjeux du prochain scrutin britannique portera sur une autre question référendaire: le premier ministre conservateur David Cameron a en effet évoqué son souhait de voir la population se prononcer concernant l’adhésion du Royaume-Uni à la famille européenne.
«Ce projet laisse la porte ouverte à des dérives populistes. L’Union européenne est divisée en deux à l’heure actuelle: à l’ouest, les gens veulent quitter l’Europe, alors qu’à l’est, les peuples réclament plus d’Europe. Les premiers craignent de perdre leur emploi au profit de gens prêts à travailler pour de plus petits salaires; les seconds conçoivent l’Europe comme un tremplin vers leur émergence. Il est facile d’exploiter la peur, mais un repli sur soi-même ne résout rien», croit M. Brown, qui a déjà lancé – à la blague, précise-t-il – qu’un Royaume-Uni séparé de l’Union européenne deviendrait une «Corée du Nord» en Occident.
«Vous pouvez être patriote et croire en des États interdépendants.» – Gordon Brown, ancien premier ministre britannique et héraut du camp du «Non» lors de la campagne référendaire écossaise
Selon M. Brown, les défis qui se dressent dans le prochain siècle justifient à eux seuls la pertinence de la coopération des nations. «Depuis 2010, aucun accord pour réguler le commerce mondial, pour standardiser la finance globale ou pour affronter les changements climatiques n’a été conclu», souligne-t-il.
L’ancien premier ministre britannique, aujourd’hui envoyé spécial des Nations unies pour l’éducation mondiale, a conclu son discours par un appel au respect de l’égalité des chances. «Le plus grand drame du monde aujourd’hui, ce sont ces millions de jeunes qui n’ont pas accès à l’éducation qu’ils méritent.»