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Le Nigeria, un géant sans tête

Le Nigeria est confronté à de multiples problèmes, dont Boko Haram n’est pas le moindre. La corruption endémique qui ronge l’État, le désastre environnemental qu’engendre l’industrie pétrolière et la gouvernance déficiente sont autant de fléaux qui maintiennent le pays le plus populeux d’Afrique à genoux. Alors que 66 millions d’électeurs ont rendez-vous avec les urnes samedi, le géant du continent espère pouvoir enfin se lever debout.

La continuité ou le retour vers le passé
Ils sont ex aequo dans les sondages: pourtant, leur parcours ne pourrait être plus éloigné.

Briguant un second mandat, le président sortant Goodluck Jonathan a la région pétrolifère du Delta pour lieu de naissance, l’Église évangélique pour confession, un doctorat en zoologie pour formation et deux enfants pour descendance. Son principal opposant, Muhammadu Buhari, est originaire du nord musulman, a 10 enfants et a été formé à l’école de l’armée.

M. Buhari brigue lui aussi un second mandat, en quelque sorte: monté sur le trône à la faveur d’un coup d’État en 1983, il est victime de sa propre médecine deux ans plus tard, alors qu’un putsch le destitue. Cet ancien général de l’armée nigériane a fait un retour aux affaires en 2003, par la voie constitutionnelle cette fois. L’élection de demain sera sa quatrième tentative de prendre le pouvoir par les urnes.

«M. Buhari a la réputation d’être un homme fort et incorruptible: c’est un des seuls présidents nigérians à avoir quitté le pouvoir sans être riche», a indiqué à Métro Mamoudou Gazibo, professeur au département de science politique de l’Université de Montréal et spécialiste des processus de démocratisation de l’Afrique subsaharienne.

«Goodluck Jonathan, pour sa part, n’a pas un bilan très reluisant à défendre. Il est arrivé au pouvoir sans avoir les reins très solides, et il a dû construire sa base en fermant les yeux sur certaines choses et en favorisant certains camps au détriment des autres», analyse M. Gazibo, qui s’est dit très vite «déçu» de voir que le président Jonathan était aussi déconnecté de son peuple, notamment dans sa sous-évaluation du danger que représentait Boko Haram.

La criminalité
«Boko Haram est un des enjeux majeurs de cette élection, a affirmé John Campbell, expert en politiques africaines au Council of Foreign Relations de New York, à Metro World News. Mais la criminalité est aussi ailleurs: par exemple, les cas d’enlèvement sont très répandus au Nigeria.»

«Les exactions commises par Boko Haram se concentrent dans le nord-est du pays», rappelle M. Gazibo. Ailleurs, «les gens priorisent d’autres enjeux, notamment l’effet que les firmes pétrolières ont sur leur environnement et leur santé.»

«S’il était bien gouverné, le Nigeria dépasserait le Canada assez rapidement en matière économique.» – Mamoudou Gazibo, professeur de science politique à l’Université de Montréal et spécialiste des processus de démocratisation de l’Afrique subsaharienne

Un géant influent
«Le principal problème du Nigeria, ce sont ses élites, commente M. Gazibo. Le pays a tout pour devenir un acteur majeur sur la scène internationale: c’est la première économie du continent, devançant même l’Afrique du Sud.»

«Mais la richesse pétrolière [NDLR: le pétrole constitue 35% du PIB du pays, qui s’élevait à 502$G en 2014, selon la CIA] est mal distribuée: une grande part des revenus du pétrole est accaparée par le sommet de l’État», souligne le professeur.

Pour M. Campbell, le scrutin aura des répercussions sur l’ensemble de l’Afrique. «Si l’élection se déroule de manière démocratique, ce sera un exemple pour tout le continent. Si le pays échoue, au contraire, ça freinera l’essor de la démocratie dans la région.»

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