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Un docteur au chevet des damnées de la guerre

Photo: Thierry Michel

Le docteur congolais Denis Mukwege consacre sa vie à guérir des femmes ravagées jusque dans leurs entrailles par la guerre sans fin qui dévaste le Kivu. Inspirées par la quête de justice et d’humanité de cet Homme qui répare les femmes, ces damnées de la guerre refusent de se résigner et s’éveillent à la revendication leurs droits.

Les décennies de guerre qui ont fait rage au Kivu, une région située dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et dont le sous-sol gorgé de richesses est source de mille maux, ont non seulement coûté la vie à plus de 6 millions de personnes depuis 1998; elles ont aussi livré des dizaines de milliers de jeunes filles à la dépravation des hommes.

Leur corps devenu champ de bataille, elles sont violées, mutilées, empalées, poignardées au niveau de l’appareil génital, et ce, bien souvent, avant même de sortir de l’enfance.

Dans l’enfer vécu par ces jeunes filles, le Dr Mukwege fait figure d’ange gardien. Déterminé à soulager le corps et l’âme ravagés de ces jeunes filles, il a guéri au fil du temps plus de 30 000 femmes, en plus de mettre sur pied des cliniques pour qu’elles reprennent confiance en elles et surtout, pour qu’elles prennent conscience de leurs droits.

Dans son documentaire L’homme qui répare les femmes – La colère d’Hippocrate, présenté à Mont­réal dans le cadre du festival Vues d’Afrique, le réalisateur belge Thierry Michel braque sa caméra sur l’œuvre du docteur, dont le combat offre une plongée vertigineuse au cœur des maux qui affligent la RDC.

«Tout est un manque de volonté politique dans cette histoire, explique Thierry Michel en entrevue avec Métro. Les tortionnaires, à force de jouir d’une impunité presque totale, ne sont même plus des hommes: ce sont des bêtes. Et encore, même les animaux ne font pas preuve d’une cruauté gratuite comme celle-là.»

«Beaucoup de gens préféreraient voir le Dr Mukwege mort.» – Thierry Michel, réalisateur du film L’homme qui répare les femmes – La colère d’Hippocrate, au sujet des nombreux attentats dont a été victime le docteur en République démocratique du Congo

Le laissez-faire d’une justice plus intéressée à la couleur de l’or qu’au châtiment des coupables a plongé le Kivu dans un abîme de souffrances. Après avoir opéré une fillette née d’un viol qui fut elle-même violée à huit ans, le Dr Mukwege a décidé de porter l’attention du monde sur les atrocités commises dans son pays, souvent dans l’indifférence complice des pouvoirs en place.

«C’est David contre Goliath, soutient M. Michel. Le docteur est seul dans son propre pays. Il lutte à la fois contre des groupes armés et contre un pouvoir qui trouve son compte dans le conflit qui ravage le Kivu.»

Seul, mais entouré des milliers de femmes qu’il a réussi à rendre fières d’elles-mêmes.

«Ces filles étaient considérées comme des bêtes de somme corvéables à loisir. Mais maintenant, elles ont appris à revendiquer leurs droits, et à apprendre aux hommes à protéger leurs sœurs…»

L’homme qui répare les femmes – La colère d’Hippocrate
Présenté vendredi soir à 20h15 et dimanche à 14h, en présence du réalisateur, à La Cinémathèque québécoise

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